Mardi 1 juillet 2008
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17:51
Ce matin là, Leila dit à Joseph :
- C'est curieux, on dirait que tout le monde regarde
la porte
- Bah !... Ils faut bien qu'ils regardent quelque
chose...
Un peu plus tard, Joseph
descendit pour renter les poubelles. Il vit les tags sur la porte d'entrée. Pas étonnant que cela suscite la curiosité !
Sans dire un mot il remonta chercher son appareil photo, puis prit le téléphone et appela la police. Son interlocuteur à l'identité
judiciaire lui demanda de rappeler plus tard afin de prendre rendez-vous avec le photographe, ce qu'il fit. Ce jour là, un meurtre avait été commis et le photographe, à qui Joseph avait dit avoir
pris des clichés demanda à Joseph d'aller porter plainte directement, avec ses propres photos.
L'après-midi, Joseph se rendit au bureau de police de Tinqueux, et déposa plainte. Le policier lui remit un récipissé en lui disant
"pour l'assurance". Devant la surprise de Joseph, le policier lui expliqua que la plupart des compagnies prenaient en charge la réfection de la porte dans ces cas là.
De retour, il téléphona à sa compagnie d'assurance, qui était également celle de sa soeur pour effectuer la déclaration. On lui
indiqua que seule sa soeur pouvait demander la réparation, puisqu'elle était propriétaire du bien. La compagnie ne trouva nulle trace de la police de Catherine et Joseph se dit qu'elle avait dû
changer d'assurance. Il rédigea donc une lettre à l'attention de l'avocat de sa soeur et y joignit le récipissé.
Dans l'attente de la visite d'un expert, Joseph se garda de toucher à quoi que ce soit.
Le soir même, un voisin vint lui rendre visite :
- Il y a vraiment des cons !... dit-il
- Oui, partout. Qu'y peut-on ?
- Veux-tu un coup de main pour repeindre la porte
?
- Je te remercie, mais j'ai déposé plainte et,
normalement, la compagnie d'assurance de Catherine devrait prendre cela en charge. Etant donné nos relations, je préfère ne toucher à rien en attendant, car sinon, elle va encore me faire des
histoires.
- Oui, je comprends.
Ils continuèrent encore un peu leur échange sur les actes racistes, puis son voisin repartit.
Leila était très affectée de ces tags.
- Jamais ils ne me laisseront. J'aime la France, le
pays des droits de l'homme. Pourquoi me persécute-t-on ainsi ?
- Tu ne peux rien contre les imbéciles. Essaie
d'ignorer
- Oui, mais tous ces gens qui passent et
regardent.
- Alors quoi ? As-tu honte d'être algérienne
?
- Non.
- Bon !... Dans ce cas, dis toi que les gens voient
bien que tu es arabe. L'écrire sur la porte ne change rien. Si celui qui passe est raciste, que change l'inscription ? Rien. S'il ne l'est pas, il ne peut être qu'outré. Ce n'est pas toi qui est
jugée, mais celui ou celle qui a tagué cette inscription.
- Oui, mais je n'en peux plus de cette méchanceté.
Cela s'est déjà produit par le passé et ça recommence. Je veux juste vivre tranquille.
- Je comprends. Il n'y a qu'une seule solution :
essayer de prendre du recul.
Joseph savait que c'était plus facile à dire qu'à faire. Il n'avait jamais compris le racisme, lui qui avait été élevé dans une
famille où les arabes s'appelaient "bougnoules", les juifs des "youpins" et les noirs des "nègres", dans une famille où le père, admirateur de l'armée allemande (voir Le soir, chez Carla du 22 septembre 2007) semblait avoir troqué toute humanité contre de grands principes... que Joseph
n'avait jamais compris, puisque ce qui comptait pour lui, c'est ce que les gens avaient dans le coeur et non la couleur de leur peau. Qu'y pouvait-il s'il était né au coeur de Paris alors que
Leila vit le jour au coeur d'Alger ? Quelle importance ?
Joseph ne niait pas l'importance des différences linguistiques, culturelles ou religieuses, car les unes comme les autres induisent
une certaine vision des choses, mais même avec la même langue et la même culture, chacun a "sa" propre réalité. Il y voyait, en fait, une richesse...