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Justice

Samedi 4 octobre 2008

Joseph X                                                                                                                                                           le 4 octobre 2008
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
51100 REIMS

 

 

 

Monsieur le Préfet de la Région Champagne-Ardenne
1, rue Jessaint
51000 CHALONS EN CHAMPAGNE

 

 

Monsieur le Préfet,

 


En tant que citoyen, je tenais à vous féliciter pour l'expulsion rondement menée, avec le concours de la force publique, le 19 septembre dernier, -------------------------------- à REIMS. Enfin la Loi est respectée (Ordonnance de référé xx-xxx du xx/xx/2007 rendue par M. X X, Juge au Tribunal d'Instance de REIMS) : Une famille a été boutée hors des lieux qu'elle occupait sans droit ni titre. Je vous approuve pleinement. La situation n'avait que trop duré.

J'admire votre poigne, Monsieur le Préfet. Une main de fer. Jeter dehors une famille au milieu des pleurs des enfants (Un enfant de 5 ans qui, suite à une intervention chirurgicale la semaine précédente, nécessitait encore des soins post-opératoires et une fille de 12 ans, frappée la nuit précédente par une grippe intestinale, pour laquelle un rendez-vous chez le médecin avait déjà été pris le matin même). L'humiliation d'une femme s'habillant devant un commissaire qui "détourne" les yeux. Des affaires réunies à la hâte dans des sacs poubelles, jetés dans un camion de garde-meuble. Même les livres scolaires récupérés de justesse, dans le camion, au milieu des paquets. C'est normal ! Après tout ! Ils n'avaient qu'à partir d'eux-mêmes. C'est bien fait pour eux.

Partir... Ailleurs !... Loin !... Là aussi, Monsieur le Préfet, vous avez agi de main de maître. Leur seule issue était un logement octroyé par les bailleurs sociaux. Bien sûr, vous pouviez faire exécuter l'intégralité de l'ordonnance :

"Il s'ensuit qu'il dispose d'un délai suffisant pour se loger avec sa compagne et les deux enfants sans que l'expulsion représente pour lui des circonstances d'une exceptionnelle dureté...

PAR CES MOTIFS : DISONS..."

Mais lorsque l'on détient, comme vous, Monsieur le Préfet, un tel pouvoir, pourquoi s'embarrasser de ces détails humains pris en compte par la Justice ? Il faut aller droit au but ! Bravo Monsieur le Préfet !  Expulser d'une main tout en refusant un logement de l'autre (Refus en C.L.D., refus DALO). Certes, de mauvais esprits pourraient se demander si mettre sciemment des obstacles à la réalisation des "motifs" par lesquels le Juge prend sa décision, tout en  exécutant ladite décision n'est pas trahir l'esprit de l'ordonnance. Mais... vous agissez  "au nom de la Loi" alors, qui s'en préoccupera ?

Ce que j'admire le plus chez vous est le raffinement suprême dont vous faites preuve : S'opposer à la réalisation des motifs conduisant à la décision du Juge en vous appuyant sur... la décision elle-même. Un véritable coup de génie ! Il faut croire que le Juge n'avait pas compris la situation. Heureusement que vous étiez là pour y remédier.

Quoi qu'il en soit, où est le problème ? Comme l'huissier et le commissaire, tous deux assermentés,  l'ont dit "Allez à l'Armée du Salut ! Ils vous attendent, tout est prêt".

Peu importe si l'Armée du Salut ne les attendait pas, ni aucun foyer d'ailleurs, comme le 115 l'a confirmé. Peu importe s'ils sont à la rue... Ce ne sont que  des S.D.F. de plus. Vous avez raison, Monsieur le Préfet, il ne faut pas sombrer dans le "social". Ce n'est pas votre rôle (sauf, peut-être lorsque vous aviez été sollicité pour un logement, mais... oublions !). Disons que ce n'est pas votre rôle du jour. Pour l'heure, il s'agit d'abattre le glaive, sans ce soucier des conséquences.

Et puis, S.D.F., ce n'est pas si mal ! Leur octroyant ce statut, vous transférez le problème à la ville de Reims qui saura s'en occuper grâce à la "Loi anti-S.D.F.". Monsieur Stéphane Joly, adjoint aux solidarités a bien expliqué la création d'"une commission d'aide aux personnes en difficulté occasionnant des troubles sur la voie publique". Comme l'avait écrit Madame Catherine Frey, journaliste à l'Union : "Les personnes en difficultés qui n'occasionnent pas de troubles devront se trouver une autre commission". Et bien ! Grâce à vous, ce ne sera pas nécessaire. Difficile à suivre au premier abord, mais au delà de vos actions "d'une exceptionnelle dureté", il ne faut pas mal vous juger. Au contraire, je vois en vous un homme habile, le coeur sur la main, un homme du "social".

Tout allait si bien et puis... Sont arrivés des fauteurs de troubles....

Sans revenir sur les circonstances de l'expulsion, Monsieur le Préfet, mettriez-vous vos enfants dans un foyer, sachant ce qui s'y passe ? Assurément non ! Même les adultes y sont agressés, alors les enfants... Des voisins, pour ne pas dire tous les voisins, pas des voyous, ni des squatters, non ! Des gens respectables, posés, atterrés, scandalisés par ce qui se passait sous leurs yeux, on porté secours à cette famille.

Cela constitue un grain de sable dans le processus de nettoyage de la belle ville de Reims (Pas de logement donc foyer, s'il y a de la place, puis déportation). La famille que vous venez d'expulser est encore à Reims. Le processus de nettoyage est enrayé. Mais, Monsieur le Préfet, connaissant à présent votre habileté et votre détermination, à n'en point douter, vous allez trouver autre chose pour les bannir... Plutôt que d'octroyer le logement décent demandé depuis près de deux ans.

Veuillez croire, Monsieur le Préfet, en l'expression de ma profonde admiration.

 

Par Joseph
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Vendredi 19 septembre 2008

Joseph et Leila se rendirent chez l'avocat et laissèrent à son secrétariat une copie du procès-verbal d'expulsion, du document précisant qu'il n'y avait pas de place dans les foyers ainsi que des certificats médicaux. N'ayant plus rien à faire là, ils rentrèrent.

Par Joseph
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Vendredi 19 septembre 2008

Joseph descendit et ouvrit la porte. L'huissier, Maître B., accompagnée d'un homme, l'attendait derrière la porte. Elle commença :

- Nous sommes venus vous expulser. Comment se fait-il que les enfants soient là ?
- Titi s'est fait opérer la semaine dernière et nécessite encore des soins plusieurs fois par jour. Quant à Rose, elle a été malade toute la nuit et nous avons rendez-vous chez le médecin tout à l'heure. Ne pourriez-vous pas remettre cette expulsion à demain que nous ayons le temps d'emballer les affaires ?
- C'est hors de question.

Sur ces paroles, l'homme écarta un pan de son manteau, laissant entrevoir un écusson de la police, puis poussa la porte et entra :

- Je suis commissaire de police
- Pourriez-vous attendre dehors cinq minutes, le temps que Leila s'habille ? Elle est en chemise de nuit.
- Je me tournerai de l'autre côté. Dépêchez-vous.

Joseph monta et avertit Leila.

- Ils sont venus nous expulser
- Maintenant ?
- Oui. Habille-toi et essaie de les retenir un peu en bas.

En haut, Joseph commença à rassembler quelques affaires sur la table du salon. Il ouvrit la fenêtre donnant sur le petit jardin et sortit avec son téléphone.

- FR3 que désirez-vous
- Pourriez-vous me passer Caroline Moreau ?
- Elle n'est pas disponible pour l'instant.
- Pouvez-vous lui dire, de la part de Joseph, chez qui elle est déjà venu effectuer un reportage sur le problème des banques alimentaires (voir "Droit A l'Alimentation Opposable" du 29 mai), que l'on nous expulse, en ce moment même, avec deux enfants malades.
- Je lui transmettrai

Un bruit de pas se fit entendre dans l'escalier. Joseph s'affairait lorsque le commissaire entra.

- Vous avez une voiture
- Oui, la vieille, devant la porte
- Mettez tout dedans.
- Tout ne tiendra pas. Vide, seulement la moitié des affaires peuvent y entrer, alors avec les enfants à l'arrière...
- On mettra le reste au garde-meuble
- Je n'ai as les moyens de m'offrir cela. Pourquoi ne pas nous donner une heure limite et que nous nous arrangions d'ici là ?
- Non ! C'est le plus vite possible qu'il faut partir.

Joseph essayait de faire entrer le scanner dans sa boîte

- Pourriez-vous m'aider, s'il vous plait ?
- Non. Je n'en ai pas le droit.

Puis :

- Bon !... Je vais vous aider
- Non merci ! Je me débrouillerai.

Le commissaire retourna en bas. Joseph au jardin. Il appela le journal local et demanda à parler à Catherine Frey.

- Elle est en réunion de rédaction
- Pouvez-vous lui transmettre un message urgent ?
- Je peux essayer

Joseph recommença le même discours que pour Catherine Moreau puis raccrocha. Il n'eut pas le temps de passer un autre appel, car le commissaire montait de nouveau.

- Avez-vous des sacs poubelle ?
- Quelques-uns
- Utilisez les pour mettre vos affaires

Une fois le commissaire parti, Joseph appela brièvement Carla pour la tenir au courant, puis l'avocat de Leila. Celui-ci voulut parler à l'huissier qui refusa dans un premier temps. Finalement, elle prit le combiné et lui répondit "Vous faites votre travail, moi le mien", puis raccrocha.

Tandis que Joseph s'affairait au premier, le commissaire suivait Leila partout. Elle dut insister pour avoir un semblant d'intimité pour s'habiller. Il ne sortit pas mais dit qu'il tournait la tête. Leila pleurait et le commissaire lui dit "Vous n'avez qu'à vous passer de l'eau froide sur le visage". Rose pleurait aussi. Quant à Titi, il s'était transformé en moulin à paroles, ce qui commença à agacer Joseph.

Un serrurier s'était joint aux envahisseurs. Il semblait plus affecté que content d'assister à cette scène. Un moment il se prétendit même écoeuré. Il aida même à mettre les produits frais dans un sac. Joseph avait demandé l'aide de Christiane et Christian, des voisins, pour sauver ce qui pouvait l'être dans leur réfrigérateur. Il y porta les sacs de nourriture, puis descendit les quelques affaires qu'il avait pu rassembler. Les déménageurs commençaient à embarquer des cartons dans un camion. Il posa son ordinateur dans l'entrée et dit à l'huissier :

- Je le garde avec moi. Il ne part pas au garde-meuble
- Bien sûr. Je m'en doute.

Ensuite il se rendit au garage où le serrurier l'appelait, bientôt suivi par le camion venu vider les lieux. Joseph ouvrit le garage et indiqua les cartons lui appartenant. En sortant, il vit deux sacs à côté de l'entrée : "N'emportez pas ces sacs ! Ce sont les affaires d'école de Rose" indiqua-t-il, puis croisant Rose il lui dit "Veille à tes affaires de classe, ils ont failli les emporter". Tout le monde s'affairait. Le camion revint se garer devant la maison. Joseph essayait d'extraire l'essentiel de l'utile, afin de le faire tenir dans le coffre de la Volvo. Se dirigeant vers la maison il vit les sacs d'école de Rose à l'arrière du camion. Il commença à pester "Je vous avais dit de ne pas emporter ces sacs ! Comment voulez-vous que Rose travaille à l'école si vous la privez de ses cahiers et de ses livres !". Disant cela, il s'empara des sacs et les mit à l'arrière de la voiture.  Non seulement vous nous jetez dehors mais vous voulez empêcher les enfants de travailler à l'école !...". Il entra pour prendre son ordinateur : Rien. S'adressant à l'huissier :

- Où est passé mon ordinateur ?
- Je ne sais pas.
- Je l'avais mis là en vous précisant bien qu'il partait avec moi.
- Oui, mais je ne sais pas où il est passé.
- Il n'a pas été chargé dans le camion j'espère.
- Je ne sais pas
- Etant donné les circonstances, je vais avoir besoin des documents scannés qu'il contient. Je ne partirai pas sans lui.

Disant cela, il ressortit et grimpa à l'arrière du véhicule. Bientôt rejoint par l'un des déménageurs, tous deux découvrirent finalement le sac au fond, derrière deux rangées de cartons et parvinrent à l'en extraire avec beaucoup de difficultés. Pendant ce temps, comme le lui avait suggéré Joseph, Rose prenait quelques photos de la scène avec le téléphone de Leila.

Le camion fut fermé, un déménageur dit à Joseph :

- Prenez le numéro de téléphone pour récupérer les affaires
- Où les emmenez-vous
- A Cormontreuil. A côté des articles funéraires
- Je vois. Je me suis perdu une fois par là bas.

A présent, le commissaire et l'huissier fermaient la porte et placardaient un avis d'expulsion sur celle-ci. Ils dirent à Hassiba :

- Allez à l'Armée du Salut. Tout est prêt, ils vous attendent, mais allez-y avant midi
- Et le rendez-vous de Rose chez le médecin ?...

Cette question resta sans réponse. Visiblement, la santé des enfants les préoccupait peu. Ils partirent. Une voisine, Amélie, vint à la rencontre de Leila.

Amélie avait aidé Catherine à revenir dans la maison lorsque Joseph, Leila et les enfants s'absentaient pour faire des courses. Elle hébergeait Catherine et sa mère, en attendant que la voie soit libre. Plusieurs jours auparavant elle avait confié à Leila : "Catherine m'avait brossé un tableau affreux de son frère et de vous, mais j'ai pu me rendre compte qu'il n'en était rien."

Leila et Amélie pleuraient. Amélie proposa de les héberger. Joseph dit qu'ils allaient déjà se rendre à l'Armée du Salut, pour voir, mais retenaient sa proposition.

 

Par Joseph
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Mardi 9 septembre 2008

Joseph était arrivé pour 14 heures au palais de Justice. Après avoir passé le contrôle, il alla signaler sa présence à l'huissier, puis attendit Laure dans le hall. Elle devait passer au tribunal pour expulsion. Peu avant qu'il parte, elle avait téléphoné pour demander à Leila une attestation sur l'état de sa pièce d'habitation au foyer. A la hâte, le document avait été préparé et Joseph attendait à présent pour le lui remettre. Elle arriva avec quatre autres personnes que Joseph ne connaissait pas mais qui lui dirent bonjour et l'encouragèrent pour l'audience.

 

Joseph entra dans la salle. Son avocate était déjà là. Il alla lui dire bonjour. Joseph passa très vite, un nouveau report fut accordé jusqu'au 20 octobre. En fait, sa soeur Catherine avait été enfin expertisée par un psychiatre, mais le rapport n'était pas encore parvenu. Celui-ci avait eu beaucoup de mal à la joindre.

 

Sortant de la chambre correctionnelle, Joseph se rendit dans la salle d'audience où devait comparaître Laure. Celle-ci triait des papiers, encore et encore, visiblement dépassée par ce qui lui arrivait. Joseph lui dit :

 

-          Tu devrais plutôt aller t'asseoir, car si l'on t'appelle, tu ne t'en rendras même pas compte.

-          Ah ?

-          Oui, ils appellent les affaires, mais ne parlent pas très fort...

-          Bon.

 

Ils s'assirent juste derrière la partie réservée aux avocats.

 

-          Passes-tu en référé ?

-          Je ne sais pas.

-          Non, répondit Joseph après avoir lu son assignation. Qu'as-tu donné comme pièces à la partie adverse ?

-          Rien.

-          Tu risques d'avoir un problème, car tes documents peuvent être déclarés irrecevables à cause de cela. Je ne peux pas t'aider, normalement, mais j'irai avec toi à la barre et essaierai de demander un report, avant que l'on me vire, afin que tu puisses préparer ta défense dans des formes correctes. La seconde raison est que, s'il est accordé, le report sera pour le 28 octobre, comme tous ceux qui ont été accordés jusqu'ici, et qu'à ce moment, nous serons entrés dans la période hivernale. Donc, en tout état de cause, tu seras tranquille jusqu'à mi-mars...

 

Laure recommença à trier ses papiers. Joseph lui dit :

 

-          Le principal papier, à présenter, si nécessaire, est celui qui montre que tu as tout payé depuis longtemps

-          Bon.

 

Laure le mit sur le dessus de la pile. Ensuite elle lui raconta qu'elle avait fait circuler le document que Joseph avait rédigé sur le foyer. Cela aurait semé un vent d'inquiétude au niveau de l'administration.

 

Deux heures plus tard, son affaire fut appelée. A peine arrivés à la barre, l'avocat de la partie adverse dit qu'ils abandonnaient les poursuites...

 

Laure le remercia. Joseph n'avait rien fait, en fait. Il rentra chez lui. Sa cheville le faisait souffrir. Il craignait que les antibiotiques qu'il avalait (voir C.H.U.  du 27 août 2008) n'endommagent ses tendons. Il se décida à rentrer en bus plutôt qu'à pieds.

 

Par Joseph
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Mardi 9 septembre 2008

Joseph fit seul sa tournée et termina vers 7 heures 30. Il eut du mal avec un nouveau client qu'il ne put livrer : Le "passe PTT" tournait mais n'activait pas la serrure de la porte. Il essaya en vain une clef qui ouvrait une autre entrée du même immeuble. Finalement, dans cette autre entrée il chercha désespérément un accès à un jardin commun ou à une cave commune. Il dut se rendre à l'évidence : Ce journal qui refusait même de passer sous la porte ne sera pas livré. Il envoya un sms au dépôt pour le signaler et continua sa tournée. Une pancarte "A louer" le replongea dans ses peines, car il avait compris que sans garant "physique", il n'avait quasiment aucune chance de trouver une location dans le privé. Pour cela, il lui fallait un travail mieux payé que les journaux, en CDI, et encore... Il était comme dans un piège, ne sachant comment il allait s'en sortir. Seul un propriétaire un peu moins borné, qui lui ferait confiance, pourrait le sortir de là. Mais çà...

 

Une fois rentré, il se recoucha, afin de ne pas être trop fatigué l'après-midi : Il passait en correctionnelle.

 

S'il était injustement accusé, il savait que sa conscience ne pèserait pas lourd face à l'acharnement du reste de sa famille. La déposition accablante de sa propre mère, considérée comme une dame âgée, respectable et posée serait sans doute décisive. Encore une fois, Joseph pouvait constater qu'elle continuait de vivre comme elle avait toujours vécu, en démolissant les gens avec un sourire navré. Pas la peine d'aller à la messe tous les jours... Cette fois c'est son propre fils qui en faisait les frais.

 

Quoi qu'il en soit, arriverait ce qui devait arriver. Même si c'était injuste, c'était la vie. Il y a tellement d'injustices sur terre que cela n'en ferait qu'une de plus, pas trop grave, en somme.

Par Joseph
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Mardi 2 septembre 2008

 Joseph avait rendez-vous avec son avocate cet après-midi. Il s'y rendit avec Leila, car juste après, ils devaient recueillir une attestation à Orgeval, un faubourg de Reims, concernant les banques alimentaires.

 

L'entrevue fut brève. L'avocate et Leila firent rapidement connaissance. Ils repartirent avec une liste de documents à transmettre.

 

Arrivés à Orgeval, le jeune couple et ses quatre enfants reçut Joseph et Leila dans un grand appartement. La pièce était grande : Deux bancs de part et d'autre d'une table en pin, gravée au stylo, une chauffeuse d'angle en mousse, complètement déchirée, qui avait dû appartenir à un ensemble coquet, il y a longtemps, un petit meuble sur lequel trônait un petit écran plat et deux petits haut-parleurs. Cela représentait toute la richesse de la salle de séjour. Les murs dépourvus de papier peint faisaient ressembler cet appartement à un chantier. Il n'en était rien.

 

Joseph avait croisé ce couple plusieurs fois dans les escaliers de l'immeuble, alors qu'il nettoyait leur bâtiment (voir Agent de service pour le nettoyage des H.L.M.  du 7 juillet). Lorsqu'il les croisa à la banque alimentaire, c'est donc tout naturellement que Joseph engagea la conversation avec le mari.

 

Très aimables, le jeune couple n'hésita pas à témoigner du refus d'inscription que la banque alimentaire avait opposé à Joseph et Leila. Ensuite, Joseph fit des phots des pièces d'identité.

 

Ils discutèrent un moment. La femme avait passé toute sa jeunesse en foyers. Ce n'était que depuis qu'ils s'étaient mariés qu'ils avaient enfin pu accéder à un logement. Joseph montra alors les photos du foyer de Laure au couple qui en fut abasourdi. Ils furent écoeurés de constater qu'il payaient moins cher pour leur appartement que pour le "garage en centre ville" de Laure...

 

La banque alimentaire avait radicalement changé depuis quelques semaines et les bénévoles étaient devenus plus "durs". L'ambiance semblait indiquer une certaine tension, une certaine défiance vis-à-vis de tout le monde. Assurément, certaines choses devaient bouger.

 

Après avoir échangé leurs coordonnées Joseph et Leila rentrèrent.

Par Joseph
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Vendredi 22 août 2008

Un coup de sonnette. Joseph, qui venait à peine de se recoucher après sa tournée matinale, se précipita et ouvrit la fenêtre de la cuisine pour voir qui venait de bon matin. Il reconnut Maître B., l'huissier qui passait leur apporter les mauvaises nouvelles. Pour une fois, Joseph trouvait un huissier sympathique. En effet, cette femme passait en dehors de ses missions officielles pour voir où en était la situation et même conseiller Leila et Joseph. Elle avait bien compris la situation et agissait, semble-t-il, contre ses sentiments.

 

-          Bonjour Maître, je descends

-          Oui... Cela vaut mieux... pas la peine de...

 

Joseph retrouva l'huissier dans la rue où ils purent discuter sans avoir à hausser la voix.

 

-          Je suis venue vous prévenir que la date de l'expulsion avait été arrêtée. C'est le commissaire qui choisit la date.

-          Quand est-ce ?

-          Je n'ai pas le droit de vous le dire mais c'est pour bientôt, très bientôt. Début septembre

-          Début ou "début-début" ?

-          La première semaine... Où en êtes-vous ?

-          Comme nous avons été refusés partout, nous cherchons un logement dans le secteur privé mais on se heurte à un problème de garant, semble-t-il

-          Comment cela ?

-          Les propriétaires demandent des garants "physiques", or je n'en ai pas, bien sûr. J'ai, par contre, une garantie "Loca-Pass"

-          Et ils ne l'acceptent pas ?

-          Non. Je ne comprends pas, car elle garantit le paiement de dix-huit loyers pendant une période de trois ans, cela ne me semble pas si mal

-          Effectivement. Moi-même, je suis également syndic et accepte cette garantie. Je n'ai jamais eu aucun problème avec. Même en cas de dégradations, ils payent rubis sur l'ongle.

-          Peut-être, mais en pratique, sur Reims, elle n'est pas beaucoup acceptée. Hier nous avons visité un appartement qui pourrait correspondre, mais je dois passer à l'agence, en espérant qu'ils acceptent. Si c'est le cas, nous pourrions être sortis pour le 1er septembre. Sinon...

-          Je vous souhaite que cela marche. Je repasserai la semaine prochaine ou le premier septembre. Après, je repasserai mais serai obligée de faire mon travail.

 

Joseph remercia l'huissier. Il en conclut que ce ne serait pas le 1er mais vraisemblablement le 2 ou le 3 septembre. Il le dit à Leila et croisa les doigts pour que l'agence accepte son "garant"...

 

Ils passèrent au cabinet de Maître L., l'avocat de Leila, qui les reçut de suite. Après avoir écouté il demanda à Joseph :

 

-          On vous a proposé un foyer. Vous ne voulez pas y aller ?

-          Après ce que j'ai entendu de sources diverses, lorsque l'on entre dans les foyers, n'ayant plus aucune autonomie financière, on tombe complètement à la merci des services sociaux et des gestionnaires de foyers. Je ne doute pas qu'il y en ait de corrects mais, pour l'heure, ce que j'ai entendu ne me rassure pas. Celui que l'on m'a proposé, Leila m'en a déjà parlé pour être allé le visiter. Je connais des personnes des banques alimentaires qui y sont. Ce foyer est très loin d'être... "clean".

 

Maître L. réfléchit et dit : "Je vais déposer deux recours : L'un suspensif pour ce qui est de la procédure d'expulsion, l'autre sur le fond, devant le Tribunal administratif, car l'application qui est faite de la Loi DALO ne correspond pas du tout à son esprit."

 

L'avocat émit le désir de poursuivre dans la voie des banques alimentaires. Il laissa un message à un huissier qui devait les contacter dans l'après-midi afin de faire un constat du contenu du réfrigérateur, afin de mettre en évidence la délivrance de produits périmés par les banques alimentaires.

 

Joseph et Leila repartirent un peu rassurés.

 

Par Joseph
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Jeudi 31 juillet 2008

Ludivine, une petite fille de Carla, avait passé la nuit à la maison avec Rose et Titi. Tous les cinq devaient retourner chez Carla ramener Ludivine et y passer un moment. Joseph était presque arrivé quand un C.R.S. pointa un doigt vengeur vers la Volvo. En lui même, Joseph se dit "m.... !".

 

-          Papier du véhicule, permis de conduire

-          Voilà...

 

...

 

-          Vous n'avez pas le contrôle technique

-          La contre-visite n'est pas encore faite

-          Vous savez que je pourrais immobiliser le véhicule... Votre assurance ne vous couvrirait pas en cas d'accident.

-          Je ne le savais pas..

-          Vous avez deux mois pour régulariser la situation...

-          Bon.


Le C.R.S. établit un PV

 

 

 

 





Joseph savait très bien qu'il était en infraction. Il y a longtemps que Joseph aurait fait le nécessaire :

 

  • pare-brise fendu
  • amortisseurs
  • bloc feux arrière

 

car si l'aspect de sa voiture lui importait peu, son état mécanique était important pour lui. S'il n'avait rien fait c'est simplement parce qu'il n'en avait pas les moyens.

 

En lui-même il remercia le C.R.S. de n'avoir pas immobilisé la voiture. De plus, il ignorait que cela avait une influence sur la prise en charge d'un accident par l'assurance. Au moins, il avait appris quelque chose... Autrement, force était de constater, une fois de plus, que moins on a d'argent, plus on est vulnérable et confronté à des dépenses supplémentaires : agios, amendes, pénalités de retard, etc.

 

Par Joseph
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Jeudi 27 mars 2008

Ce matin, un huissier de justice sonna à la porte. Après discussion, Maître B. établit un procès verbal de "tentative d'expulsion" à transmettre à la préfecture. Joseph demanda à l'huissier de le prévenir s'il apprenait que la force publique devait intervenir, afin que les enfants n'assistent pas à cela.

Par Joseph
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Lundi 10 mars 2008

Joseph aida Leila à remplir le dossier de recours devant la commission de médiation du département de la Marne. Cette commission agit dans le cadre de la Loi DALO (Droit Au Logement Opposable), en vigueur depuis janvier. Les trois motifs du recours étaient :

 

-         Dépourvu de logement

-         Menace d'expulsion sans relogement

-         Aucune proposition de logement durant le délai "anormalement long" de 15 mois

 

 

Par Joseph
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Présentation

  • : Joseph et Leila
  • joseph.et.leila
  • : Ce blog est, malheureusement une histoire vraie, celle de Joseph, qui se déroule en ce moment. Mélange de désespoir, de révolte contre l’injustice, contre le racisme, contre les administrations kafkaïennes et l’inefficacité des services sociaux… Bref ! Un appel au secours, peut-être, la preuve d’un mal-être, sûrement. Joseph n’a pas commencé sa vie aujourd’hui et des retours en arrière seront faits de temps à autre, afin de mieux cerner cette vie. Le temps manque, la fin étant incertaine, po

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