Joseph X
le 4 octobre 2008
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51100 REIMS
Monsieur le Préfet de la Région Champagne-Ardenne
1, rue Jessaint
51000 CHALONS EN CHAMPAGNE
Monsieur le Préfet,
En tant que citoyen, je tenais à vous féliciter pour l'expulsion rondement menée, avec le concours de la force publique, le 19 septembre dernier, -------------------------------- à REIMS.
Enfin la Loi est respectée (Ordonnance de référé xx-xxx du xx/xx/2007 rendue par M. X X, Juge au Tribunal d'Instance de REIMS) : Une famille a été boutée hors des lieux qu'elle occupait
sans droit ni titre. Je vous approuve pleinement. La situation n'avait que trop duré.
J'admire votre poigne, Monsieur le Préfet. Une main de fer. Jeter dehors une famille au milieu des pleurs des enfants (Un enfant de 5 ans qui, suite à une intervention chirurgicale la semaine précédente, nécessitait encore des soins post-opératoires et une fille de 12 ans, frappée la nuit précédente par une grippe intestinale, pour laquelle un rendez-vous chez le médecin avait déjà été pris le matin même). L'humiliation d'une femme s'habillant devant un commissaire qui "détourne" les yeux. Des affaires réunies à la hâte dans des sacs poubelles, jetés dans un camion de garde-meuble. Même les livres scolaires récupérés de justesse, dans le camion, au milieu des paquets. C'est normal ! Après tout ! Ils n'avaient qu'à partir d'eux-mêmes. C'est bien fait pour eux.
Partir... Ailleurs !... Loin !... Là aussi, Monsieur le Préfet, vous avez agi de main de maître. Leur seule issue était un logement octroyé par les bailleurs sociaux. Bien sûr, vous pouviez faire exécuter l'intégralité de l'ordonnance :
"Il s'ensuit qu'il dispose d'un délai suffisant pour se loger avec sa compagne et les deux enfants sans que l'expulsion représente pour lui des circonstances d'une exceptionnelle dureté...
PAR CES MOTIFS : DISONS..."
Mais lorsque l'on détient, comme vous, Monsieur le Préfet, un tel pouvoir, pourquoi s'embarrasser de ces détails humains pris en compte par la Justice ? Il faut aller droit au but ! Bravo Monsieur le Préfet ! Expulser d'une main tout en refusant un logement de l'autre (Refus en C.L.D., refus DALO). Certes, de mauvais esprits pourraient se demander si mettre sciemment des obstacles à la réalisation des "motifs" par lesquels le Juge prend sa décision, tout en exécutant ladite décision n'est pas trahir l'esprit de l'ordonnance. Mais... vous agissez "au nom de la Loi" alors, qui s'en préoccupera ?
Ce que j'admire le plus chez vous est le raffinement suprême dont vous faites preuve : S'opposer à la réalisation des motifs conduisant à la décision du Juge en vous appuyant sur... la décision elle-même. Un véritable coup de génie ! Il faut croire que le Juge n'avait pas compris la situation. Heureusement que vous étiez là pour y remédier.
Quoi qu'il en soit, où est le problème ? Comme l'huissier et le commissaire, tous deux assermentés, l'ont dit "Allez à l'Armée du Salut ! Ils vous attendent, tout est prêt".
Peu importe si l'Armée du Salut ne les attendait pas, ni aucun foyer d'ailleurs, comme le 115 l'a confirmé. Peu importe s'ils sont à la rue... Ce ne sont que des S.D.F. de plus. Vous avez raison, Monsieur le Préfet, il ne faut pas sombrer dans le "social". Ce n'est pas votre rôle (sauf, peut-être lorsque vous aviez été sollicité pour un logement, mais... oublions !). Disons que ce n'est pas votre rôle du jour. Pour l'heure, il s'agit d'abattre le glaive, sans ce soucier des conséquences.
Et puis, S.D.F., ce n'est pas si mal ! Leur octroyant ce statut, vous transférez le problème à la ville de Reims qui saura s'en occuper grâce à la "Loi anti-S.D.F.". Monsieur Stéphane Joly, adjoint aux solidarités a bien expliqué la création d'"une commission d'aide aux personnes en difficulté occasionnant des troubles sur la voie publique". Comme l'avait écrit Madame Catherine Frey, journaliste à l'Union : "Les personnes en difficultés qui n'occasionnent pas de troubles devront se trouver une autre commission". Et bien ! Grâce à vous, ce ne sera pas nécessaire. Difficile à suivre au premier abord, mais au delà de vos actions "d'une exceptionnelle dureté", il ne faut pas mal vous juger. Au contraire, je vois en vous un homme habile, le coeur sur la main, un homme du "social".
Tout allait si bien et puis... Sont arrivés des fauteurs de troubles....
Sans revenir sur les circonstances de l'expulsion, Monsieur le Préfet, mettriez-vous vos enfants dans un foyer, sachant ce qui s'y passe ? Assurément non ! Même les adultes y sont agressés, alors les enfants... Des voisins, pour ne pas dire tous les voisins, pas des voyous, ni des squatters, non ! Des gens respectables, posés, atterrés, scandalisés par ce qui se passait sous leurs yeux, on porté secours à cette famille.
Cela constitue un grain de sable dans le processus de nettoyage de la belle ville de Reims (Pas de logement donc foyer, s'il y a de la place, puis déportation). La famille que vous venez d'expulser est encore à Reims. Le processus de nettoyage est enrayé. Mais, Monsieur le Préfet, connaissant à présent votre habileté et votre détermination, à n'en point douter, vous allez trouver autre chose pour les bannir... Plutôt que d'octroyer le logement décent demandé depuis près de deux ans.
Veuillez croire, Monsieur le Préfet, en l'expression de ma profonde admiration.
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