Joseph descendit et ouvrit la porte. L'huissier, Maître B., accompagnée d'un homme, l'attendait derrière la porte. Elle commença :
- Nous sommes venus vous expulser. Comment se fait-il que les enfants soient là ?
- Titi s'est fait opérer la semaine dernière et nécessite encore des soins plusieurs fois par jour. Quant à Rose, elle a été malade toute la nuit et nous avons rendez-vous chez le médecin tout à
l'heure. Ne pourriez-vous pas remettre cette expulsion à demain que nous ayons le temps d'emballer les affaires ?
- C'est hors de question.
Sur ces paroles, l'homme écarta un pan de son manteau, laissant entrevoir un écusson de la police, puis poussa la porte et entra :
- Je suis commissaire de police
- Pourriez-vous attendre dehors cinq minutes, le temps que Leila s'habille ? Elle est en chemise de nuit.
- Je me tournerai de l'autre côté. Dépêchez-vous.
Joseph monta et avertit Leila.
- Ils sont venus nous expulser
- Maintenant ?
- Oui. Habille-toi et essaie de les retenir un peu en bas.
En haut, Joseph commença à rassembler quelques affaires sur la table du salon. Il ouvrit la fenêtre donnant sur le petit jardin et sortit avec son téléphone.
- FR3 que désirez-vous
- Pourriez-vous me passer Caroline Moreau ?
- Elle n'est pas disponible pour l'instant.
- Pouvez-vous lui dire, de la part de Joseph, chez qui elle est déjà venu effectuer un reportage sur le problème des banques alimentaires (voir "Droit A l'Alimentation Opposable" du 29 mai), que
l'on nous expulse, en ce moment même, avec deux enfants malades.
- Je lui transmettrai
Un bruit de pas se fit entendre dans l'escalier. Joseph s'affairait lorsque le commissaire entra.
- Vous avez une voiture
- Oui, la vieille, devant la porte
- Mettez tout dedans.
- Tout ne tiendra pas. Vide, seulement la moitié des affaires peuvent y entrer, alors avec les enfants à l'arrière...
- On mettra le reste au garde-meuble
- Je n'ai as les moyens de m'offrir cela. Pourquoi ne pas nous donner une heure limite et que nous nous arrangions d'ici là ?
- Non ! C'est le plus vite possible qu'il faut partir.
Joseph essayait de faire entrer le scanner dans sa boîte
- Pourriez-vous m'aider, s'il vous plait ?
- Non. Je n'en ai pas le droit.
Puis :
- Bon !... Je vais vous aider
- Non merci ! Je me débrouillerai.
Le commissaire retourna en bas. Joseph au jardin. Il appela le journal local et demanda à parler à Catherine Frey.
- Elle est en réunion de rédaction
- Pouvez-vous lui transmettre un message urgent ?
- Je peux essayer
Joseph recommença le même discours que pour Catherine Moreau puis raccrocha. Il n'eut pas le temps de passer un autre appel, car le commissaire montait de nouveau.
- Avez-vous des sacs poubelle ?
- Quelques-uns
- Utilisez les pour mettre vos affaires
Une fois le commissaire parti, Joseph appela brièvement Carla pour la tenir au courant, puis l'avocat de Leila. Celui-ci voulut parler à l'huissier qui refusa dans un premier temps. Finalement, elle prit le combiné et lui répondit "Vous faites votre travail, moi le mien", puis raccrocha.
Tandis que Joseph s'affairait au premier, le commissaire suivait Leila partout. Elle dut insister pour avoir un semblant d'intimité pour s'habiller. Il ne sortit pas mais dit qu'il tournait la tête. Leila pleurait et le commissaire lui dit "Vous n'avez qu'à vous passer de l'eau froide sur le visage". Rose pleurait aussi. Quant à Titi, il s'était transformé en moulin à paroles, ce qui commença à agacer Joseph.
Un serrurier s'était joint aux envahisseurs. Il semblait plus affecté que content d'assister à cette scène. Un moment il se prétendit même écoeuré. Il aida même à mettre les produits frais dans un sac. Joseph avait demandé l'aide de Christiane et Christian, des voisins, pour sauver ce qui pouvait l'être dans leur réfrigérateur. Il y porta les sacs de nourriture, puis descendit les quelques affaires qu'il avait pu rassembler. Les déménageurs commençaient à embarquer des cartons dans un camion. Il posa son ordinateur dans l'entrée et dit à l'huissier :
- Je le garde avec moi. Il ne part pas au garde-meuble
- Bien sûr. Je m'en doute.
Ensuite il se rendit au garage où le serrurier l'appelait, bientôt suivi par le camion venu vider les lieux. Joseph ouvrit le garage et indiqua les cartons lui appartenant. En sortant, il vit deux sacs à côté de l'entrée : "N'emportez pas ces sacs ! Ce sont les affaires d'école de Rose" indiqua-t-il, puis croisant Rose il lui dit "Veille à tes affaires de classe, ils ont failli les emporter". Tout le monde s'affairait. Le camion revint se garer devant la maison. Joseph essayait d'extraire l'essentiel de l'utile, afin de le faire tenir dans le coffre de la Volvo. Se dirigeant vers la maison il vit les sacs d'école de Rose à l'arrière du camion. Il commença à pester "Je vous avais dit de ne pas emporter ces sacs ! Comment voulez-vous que Rose travaille à l'école si vous la privez de ses cahiers et de ses livres !". Disant cela, il s'empara des sacs et les mit à l'arrière de la voiture. Non seulement vous nous jetez dehors mais vous voulez empêcher les enfants de travailler à l'école !...". Il entra pour prendre son ordinateur : Rien. S'adressant à l'huissier :
- Où est passé mon ordinateur ?
- Je ne sais pas.
- Je l'avais mis là en vous précisant bien qu'il partait avec moi.
- Oui, mais je ne sais pas où il est passé.
- Il n'a pas été chargé dans le camion j'espère.
- Je ne sais pas
- Etant donné les circonstances, je vais avoir besoin des documents scannés qu'il contient. Je ne partirai pas sans lui.
Disant cela, il ressortit et grimpa à l'arrière du véhicule. Bientôt rejoint par l'un des déménageurs, tous deux découvrirent finalement le sac au fond, derrière deux rangées de cartons et parvinrent à l'en extraire avec beaucoup de difficultés. Pendant ce temps, comme le lui avait suggéré Joseph, Rose prenait quelques photos de la scène avec le téléphone de Leila.
Le camion fut fermé, un déménageur dit à Joseph :
- Prenez le numéro de téléphone pour récupérer les affaires
- Où les emmenez-vous
- A Cormontreuil. A côté des articles funéraires
- Je vois. Je me suis perdu une fois par là bas.
A présent, le commissaire et l'huissier
fermaient la porte et placardaient un avis d'expulsion sur celle-ci. Ils dirent à Hassiba :
- Allez à l'Armée du Salut. Tout est prêt, ils vous attendent, mais allez-y avant midi
- Et le rendez-vous de Rose chez le médecin ?...
Cette question resta sans réponse. Visiblement, la santé des enfants les préoccupait peu. Ils partirent. Une voisine, Amélie, vint à la rencontre de Leila.
Amélie avait aidé Catherine à revenir dans la maison lorsque Joseph, Leila et les enfants s'absentaient pour faire des courses. Elle hébergeait Catherine et sa mère, en attendant que la voie soit libre. Plusieurs jours auparavant elle avait confié à Leila : "Catherine m'avait brossé un tableau affreux de son frère et de vous, mais j'ai pu me rendre compte qu'il n'en était rien."
Leila et Amélie pleuraient. Amélie proposa de les héberger. Joseph dit qu'ils allaient déjà se rendre à l'Armée du Salut, pour voir, mais retenaient sa proposition.
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