Quelques jours auparavant, une bénévole de la banque alimentaire où se retrouvaient Jules et Joseph proposa à ce dernier de remplacer Jules qui voulait prendre un peu de vacances. Joseph accepta.
Ce matin là, Joseph avait rendez-vous avec Jules qui devait lui montrer le travail. A 9 heures, ils se retrouvèrent sur le parc de stationnement jouxtant la demeure de Carla. Joseph devait travailler le lundi, le mercredi et le vendredi. Jules le conduisit au seul local disposant d'un point d'eau, lui montra la préparation du produit et l'emmena vers le premier bâtiment à nettoyer, le numéro 2 de la rue.
Il fallait laisser le chariot avec les produits au niveau du numéro 6, car les marches ne permettaient d'accéder ni au numéro 2, ni au numéro 4.
Le travail était simple : balayer, laver, nettoyer les carreaux, les dessus de boîtes aux lettres, les descentes de caves et retirer les toiles d'araignées. Le seul problème résidait dans le nombre de "blocs" à nettoyer dans le temps imparti : 6 heures. Le temps passé en plus n'étant pas rémunéré, bien sûr.
La plupart des bâtiments ressemblaient plus à des porcheries qu'à des habitations : canettes de sodas et de bière, emballages divers de boissons, bouteilles de scotch, chewing-gums, biscuits écrasés, frites, prospectus divers, pétards éclatés, excréments d'animaux (c'est ce que Joseph préféra penser), et crachats y jonchaient le sol. Le plus souvent, à côté des portes palières, des sacs poubelles laissaient échapper des liquides d'aspect douteux. On pouvait reconnaître les locataires qui avaient descendu leurs poubelles jusqu'aux containers aux pistes gluantes qui retenaient la saleté dans les escaliers. A cela on pouvait ajouter les traces de pneus de tous types, du vélo aux scooters, et les inévitables taches d'huile. Le pire était le lundi, après le week-end.
Le premier jour, Joseph mit 8 heures à faire ce travail, bâclant quelque peu les deux derniers des onze "blocs", sans laver les carreaux ni faire les toiles d'araignées. Ce travail était fatiguant, surtout parce qu'il fallait traîner le précieux liquide à travers tous les étages.
Il calcula que si l'on retirait le temps nécessaire aux allées et venues indispensables pour faire le plein de liquide de lavage, il restait à peine une demi-heure par "bloc", alors qu'il fallait compter un quart d'heure, rien que pour passer le balai. Il dût faire des choix. Se disant qu'il était anormal que les plus propres payent des charges pour les plus sales, il décida de s'en tenir à une demi-heure quoi qu'il arrive. Moins le bâtiment était sale et mieux il était nettoyé, car le temps imparti était respecté.
Lorsque des locataires se plaignaient du mauvais travail de Jules. Joseph leur expliquait qu'il ne ferait sans doute pas mieux, étant donné les conditions de travail : temps imparti, absence de points d'eau. Il fit néanmoins son maximum, allant au plus sale, s'il ne pouvait tout faire.
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