Il était deux heures du matin lorsque Joseph se leva pour sa tournée de journaux. Il avait froid. Il avait eu froid toute la nuit, très froid. Titubant, il alla prendre un café. Son bas-ventre le faisait souffrir. Joseph se demanda comment il pourrait travailler.
Il enfila une veste en laine puis... une seconde puis... sa parka et descendit difficilement les escaliers. Une fois dans la voiture, il claquait des dents. Péniblement il mit en route et se rendit doucement au dépôt, le chauffage à fond.
- Oh ! ça n'a pas l'air d'aller
- ... Non!... Pas terrible !...
Plusieurs porteurs remarquèrent son état. Il chargea ses journaux et partit dès que possible.
Ces derniers temps, il avait pris l'habitude d'adapter sa tournée en fonction de ses heures de passage : En fait, certaines portes restent bloquées jusqu'à une heure donnée (seule la méthode des essais et des erreurs lui avait "donné" l'heure du "sésame"). Si Joseph voyait qu'il risquait de devoir attendre, il distribuait le journal à certains clients plus tôt, histoire d'attendre utilement. Cela supposait, bien sûr de se souvenir au bon moment, dans le feu de l'action, que telle boîte avait déjà été servie. Il en avait près de trois cents chaque matin et ce n'était pas si évident qu'il n'y paraît. Joseph décida, ce matin là, de ne pas changer une virgule à la tournée définie. "Dans l'état où je suis, je serai incapable de me souvenir. Et puis, si je n'y arrive pas, que quelqu'un doit reprendre la tournée au vol, il faut que je respecte l'ordre exact" se dit-il. De toute façon, il se traîna et n'eut pas de risque d'arriver trop tôt... Un vrai calvaire !...
Il s'arrêtait dès qu'il pouvait pour tenter de soulager sa vessie, trois gouttes douloureuses à la fois. Il avait mal partout, sa tête tournait et plusieurs fois il faillit tomber. Il s'accrochait, voulant mener son travail à son terme. Il avait parfois des moments de découragement. Vers trois heures et demies, il envoya un sms à Leila "Suis pas bien... Froid, mal, vertiges. T'aime", comme pour dire "s'il m'arrive quelque chose tu sauras ce qui s'est passé". Ce n'était pas son habitude de se plaindre, mais là, il souffrait vraiment beaucoup. Finalement, il termina sa tournée juste dans les temps. Contrairement à son habitude, il ne compta pas ses journaux, laissa tout en l'état dans la voiture et rentra.
Après avoir monté péniblement les escaliers, il s'effondra à plat ventre, tout habillé, sur le canapé, mit des couvertures sur lui. Toute la journée, ce ne fut que fièvre, ruissellements de sueur. Il changea son T-shirt à plusieurs reprises et refusa d'appeler un médecin, persuadé que la fièvre allait passer. Il suffisait de rester bien au chaud et de se reposer. Il prit du Paracétamol, ne mangea pas et but beaucoup d'eau.
Le soir, Leila lui demanda s'il voulait qu'elle l'accompagne pour l'aider le lendemain. Rose le lui demanda aussi. Il répondit "je ne sais pas... Je ne le saurai que demain matin". Le soir il fut encore pris de violents tremblements de fièvre, au point que Leila le couvrit de tout ce qu'elle put trouver de chaud. Il finit par s'endormir.
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