Un coup de sonnette. Joseph, qui venait à peine de se recoucher après sa tournée matinale, se précipita et ouvrit la fenêtre de la cuisine pour voir qui venait de bon matin. Il reconnut Maître B., l'huissier qui passait leur apporter les mauvaises nouvelles. Pour une fois, Joseph trouvait un huissier sympathique. En effet, cette femme passait en dehors de ses missions officielles pour voir où en était la situation et même conseiller Leila et Joseph. Elle avait bien compris la situation et agissait, semble-t-il, contre ses sentiments.
- Bonjour Maître, je descends
- Oui... Cela vaut mieux... pas la peine de...
Joseph retrouva l'huissier dans la rue où ils purent discuter sans avoir à hausser la voix.
- Je suis venue vous prévenir que la date de l'expulsion avait été arrêtée. C'est le commissaire qui choisit la date.
- Quand est-ce ?
- Je n'ai pas le droit de vous le dire mais c'est pour bientôt, très bientôt. Début septembre
- Début ou "début-début" ?
- La première semaine... Où en êtes-vous ?
- Comme nous avons été refusés partout, nous cherchons un logement dans le secteur privé mais on se heurte à un problème de garant, semble-t-il
- Comment cela ?
- Les propriétaires demandent des garants "physiques", or je n'en ai pas, bien sûr. J'ai, par contre, une garantie "Loca-Pass"
- Et ils ne l'acceptent pas ?
- Non. Je ne comprends pas, car elle garantit le paiement de dix-huit loyers pendant une période de trois ans, cela ne me semble pas si mal
- Effectivement. Moi-même, je suis également syndic et accepte cette garantie. Je n'ai jamais eu aucun problème avec. Même en cas de dégradations, ils payent rubis sur l'ongle.
- Peut-être, mais en pratique, sur Reims, elle n'est pas beaucoup acceptée. Hier nous avons visité un appartement qui pourrait correspondre, mais je dois passer à l'agence, en espérant qu'ils acceptent. Si c'est le cas, nous pourrions être sortis pour le 1er septembre. Sinon...
- Je vous souhaite que cela marche. Je repasserai la semaine prochaine ou le premier septembre. Après, je repasserai mais serai obligée de faire mon travail.
Joseph remercia l'huissier. Il en conclut que ce ne serait pas le 1er mais vraisemblablement le 2 ou le 3 septembre. Il le dit à Leila et croisa les doigts pour que l'agence accepte son "garant"...
Ils passèrent au cabinet de Maître L., l'avocat de Leila, qui les reçut de suite. Après avoir écouté il demanda à Joseph :
- On vous a proposé un foyer. Vous ne voulez pas y aller ?
- Après ce que j'ai entendu de sources diverses, lorsque l'on entre dans les foyers, n'ayant plus aucune autonomie financière, on tombe complètement à la merci des services sociaux et des gestionnaires de foyers. Je ne doute pas qu'il y en ait de corrects mais, pour l'heure, ce que j'ai entendu ne me rassure pas. Celui que l'on m'a proposé, Leila m'en a déjà parlé pour être allé le visiter. Je connais des personnes des banques alimentaires qui y sont. Ce foyer est très loin d'être... "clean".
Maître L. réfléchit et dit : "Je vais déposer deux recours : L'un suspensif pour ce qui est de la procédure d'expulsion, l'autre sur le fond, devant le Tribunal administratif, car l'application qui est faite de la Loi DALO ne correspond pas du tout à son esprit."
L'avocat émit le désir de poursuivre dans la voie des banques alimentaires. Il laissa un message à un huissier qui devait les contacter dans l'après-midi afin de faire un constat du contenu du réfrigérateur, afin de mettre en évidence la délivrance de produits périmés par les banques alimentaires.
Joseph et Leila repartirent un peu rassurés.
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