Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /2008 18:02

Vers 18 heures, un seau en plastique descendit les escaliers pour finir sa course dans la porte de la pièce où travaillait Joseph. Un bruit plus sourd et plus mat se fit entendre ensuite. Il se leva rapidement, ouvrit la porte et vit Leila couchée en travers de l'escalier, les jambes recroquevillées, la tête sur un marche, contre le pilier autour duquel tournait l'escalier. Montant les quelques marches qui le séparaient de Leila, il lui demanda :

 

-          Tu m'entends ?...

-          Oui...

-          Où as-tu mal ?

-          Ma tête...

 

Le visage de Leila ne laissait plus paraître que quelques zones exemptes de sang, tant celui-ci coulait. Joseph reprit : "Je ne vais pas te laisser là. Je vais t'aider à aller t'allonger en bas". Puis appelant : "Rose !... Descends et déplie le matelas en bas... vite !... Titi !... Tu restes en haut".

 

Rose passa dans l'escalier et dit "Il y a du sang jusqu'en haut". Passant son épaule sous l'aisselle de Leila, Joseph l'aida à se relever, doucement. Plus en la portant qu'en la soutenant, Joseph l'amena sur le matelas à présent déplié et la coucha sur le dos. Il alla chercher un gant de toilette mouillé et une serviette, nettoya rapidement le visage de Leila et entreprit une compression simultanément sur les deux plaies frontales, ce qui arracha des gémissements à Leila. Joseph continua néanmoins. Dans le même temps il chercha d'autres blessures. Les cheveux, trempés de sang et la main occupée à la compression ne permirent pas de déceler autre chose. Le nez ne saignait pas, les oreilles non plus. Le pouls, bien que plus faible que d'habitude, était normal et n'était pas "filant". Il demanda une nouvelle fois :

 

-          Où as-tu mal ?

-          Ma tête...

-          C'est tout ?

-          Mon dos...

-          Où ?

 

Leila lui montra les reins. Quoi qu'il en soit, elle bougeait les bras. Pour ce qui est des jambes, c'était moins évident.

 

-          Je vais appeler le 15

-          Non ! Je ne veux pas

-          Désolé ! Tu es trop amochée pour que je prenne le risque. J'appelle le 15.

 

Tandis que Rose allait chercher son téléphone, il continua :

 

-          As-tu des nausées ?

-          Un peu.

 

Rose revenue, Joseph lui demanda son aide pour essayer de tourner Leila en position de sécurité, mais les douleurs crâniennes l'en dissuadèrent et Joseph laissa Leila sur le dos, se disant qu'il faudrait une présence permanente pour dégager rapidement les voies respiratoires en cas de besoin.

 

Joseph appela le 15. Les pompiers étaient déjà en chemin lorsqu'on passa le médecin à Joseph. Il indiqua tout ce qu'il avait fait et constaté. Le médecin lui dit "C'est parfait. Vous avez fait tout ce qu'il fallait faire".

 

Joseph demanda à Rose d'attendre à la porte. La compression avait bien fonctionné et Leila ne perdait plus de sang. Joseph était couvert du sang de Leila. Cela lui rappela le jour où il emmena sa fille Océane aux urgences après qu'elle fut mordue par son chien Procop. Il profita donc de ces quelques secondes pour se laver très sommairement et changer de T-Shirt.

 

Trois pompiers entrèrent. Joseph fit un rapide tour de la situation. Ils s'inquiétèrent surtout pour la colonne vertébrale et décidèrent de passer Leila par la fenêtre de la pièce, puisqu'elle était au rez-de-chaussée. Se souvenant encore bien de ses cours de secourisme, Joseph savait que pour franchir l'obstacle il fallait être quatre. Il proposa donc ses services, puis joua les "petites mains" en les aidant à apporter le matériel nécessaire au transport d'une personne présentant une fracture de la colonne. Après l'avoir mise sous oxygène, ils prirent le temps de discuter pour choisir la méthode la plus sûre pour sortir Leila de là. Ils furent très professionnels. Ils optèrent pour une coquille rigide ensachée dans une enveloppe gonflable pour bien maintenir Leila. Entre temps, deux autres pompiers arrivèrent. C'est à six que le franchissement d'obstacle fut effectué sans encombre.

 

Joseph demanda à Rose de s'occuper de son frère et de changer le drap maculé de sang. Il prit sa voiture et arriva aux urgences en même temps que l'ambulance. Leila fut admise de suite.

 

Joseph fit les formalités d'entrée puis attendit comme on le lui demanda. Une heure trente plus tard, il n'avait toujours pas de nouvelles. Ayant vu entrer ce qui semblait être un accidenté de la route : Couverture de survie, perfusion, stimulateur cardiaque, masque à oxygène et teint terreux de la victime, cela n'étonna pas Joseph.  Tout semblait indiquer la nécessité d'une intervention immédiate. Ce fait fut confirmé par la suite. Pendant ce temps il vit sur une télévision l'annonce de la série "N.C.I.S." sur une télévision et se dit qu'il ne la verrait sans doute pas. Joseph et Leila aimaient bien cette série, du fait des caractères aussi opposés que bien typés des différents acteurs. Il discuta également avec un arabe amené par la police suite à une rixe et qui attendait depuis un moment que quelqu'un le recouse. Joseph, après lui avoir offert un cigare, visiblement trop fort, essaya de lui faire voir les choses autrement, lui disant qu'il n'avait qu'à s'imaginer que tout s'était déroulé une heure plus tard et qu'il venait seulement d'arriver aux urgences, puis plaisanta un peu avec la victime, car, à voir la plaie on aurait dit qu'il s'était fait mordre. Joseph lui suggéra "J'avais pensé que vous vouliez et elle non, qu'elle vous a mordu, le baiser de la mort, en quelque sorte...". Le gars rit un peu, avant de grimacer car rire lui faisait mal. Oups !... Décidément, l'enfer est vraiment pavé de bonnes intentions... Il s'abstint de lui saper le moral en lui disant qu'ils allaient sans doute devoir le raser avant de le recoudre. Cela lui rappela à nouveau son passé aux urgences : une incursion au CHU de Laon, alors qu'après avoir été mordu au bras par Procop, ils lui firent douze points de suture à vif sans anesthésie. Joseph fit également honneur aux bouteilles d'eau fraîche laissées à disposition. Une aubaine pour Joseph qui n'avait toujours rien en poche. Pourquoi ne fait-il pas très chaud en permanence se dit-il.

 

Plus tard, Joseph put enfin rejoindre Leila. Ils descendirent alors pour quantité de radios : tête et colonne vertébrale.

 

Finalement, aucune fracture ne fut décelée et c'est vers 23 heures qu'ils quittèrent les urgences. Leila assise sur un fauteuil, une minerve autour du cou, poussée par Joseph qui essaya de la dérider en faisant semblant de vouloir courir les 24 heures du Mans en fauteuil.

 

Lorsqu'ils rentrèrent, les enfants dormaient. Joseph prépara une omelette avant un repos bien mérité. Comme on le lui avait demandé, toutes les trois heures, il réveilla Leila afin de vérifier qu'aucun symptôme alarmant n'apparaissait. Tout semblait normal, hormis les douleurs inévitables.

Par Joseph - Publié dans : Famille - Communauté : Racontez-le moi !
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  • : Joseph et Leila
  • joseph.et.leila
  • : Ce blog est, malheureusement une histoire vraie, celle de Joseph, qui se déroule en ce moment. Mélange de désespoir, de révolte contre l’injustice, contre le racisme, contre les administrations kafkaïennes et l’inefficacité des services sociaux… Bref ! Un appel au secours, peut-être, la preuve d’un mal-être, sûrement. Joseph n’a pas commencé sa vie aujourd’hui et des retours en arrière seront faits de temps à autre, afin de mieux cerner cette vie. Le temps manque, la fin étant incertaine, po

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