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Vendredi 5 octobre 2007 5 05 /10 /2007 12:00
Au mois d’août, Joseph avait demandé une réunion de famille en vue d’obtenir l’aide financière lui permettant de garder la tête hors de l’eau deux ou trois mois, le temps de trouver une nouvelle situation d’équilibre. Son père n’était pas venu. Sa sœur avait écarté sa mère et, au bout de la discussion avait rejeté toute intervention de façon décisive, prenant ainsi la décision en lieu et place des parents. Pourtant sa sœur avait un intérêt à cela : permettre à Joseph de quitter la maison de sa sœur, ce que l’un et l’autre voulaient. Joseph ne comprenait pas cette attitude mais, quoi qu’il en soit, sa situation était devenue intenable.
 
Il téléphona à sa banque. Son agence se trouvait dans l’Allier. Il ne l’avait jamais quittée car s’était instauré avec celle-ci une transparence réciproque. Quand Joseph avait une difficulté, il leur en faisait part et, de leur côté, ils faisaient le maximum pour aider Joseph. Depuis qu’il était à Reims, il avait eu des difficultés pour approvisionner son compte et le siège de Clermont-Ferrand avait même dû intervenir. Depuis, il était connu comme ‘celui qui est à Reims… ‘
 
-         Bonjour, c’est Joseph, de Reims
-         Bonjour, j’attendais votre appel
-         J’ai pris une décision, mais je voudrais votre avis. Je n’ai pas obtenu l’aide escomptée de la part de ma famille, alors, ne pouvant rembourser mes crédits, je vais déposer un dossier de surendettement. Par ailleurs, il me semble préférable de ne plus utiliser ni ma carte ni mes chèques.
-         Nous allions vous demander de nous les retourner.
-         Il faut être réaliste…
-         J’apprécie que vous soyez parvenu de vous-même à ces conclusions car, habituellement, c’est nous qui devons le demander
-         Par contre, je désirerais savoir si vous me permettez de faire quelques provisions, le plein de la voiture et d’acheter une recharge téléphone avant de vous les retourner.
-         Bien sûr, mais retournez-nous le tout demain et, à réception, je vous ferai parvenir une carte de retrait pour que vous puissiez avoir quand même un peu d’argent
-         D’accord
 
Ayant déjà eu des difficultés à obtenir sa carte bleue, plusieurs envois en recommandé s’étant égarés, il demanda que la carte soit envoyée dans une succursale de Reims. Joseph fit tout cela comme convenu. Le lendemain il appela de nouveau sa banque pour confirmer l’envoi.
 
Le lundi suivant, Joseph alla à pieds au centre de la ville et retira un dossier à la Banque de France. Il se mit au travail, sans pour autant pouvoir répondre avec précision à certaines questions. En effet, certains de ses crédits revolving remontaient à plus de dix ans et avaient déjà été soldés par le passé. Joseph n’avait pas conservé les relevés puisque les remboursements avaient été effectués. Il ne pouvait dire avec certitude à quand remontait l’ouverture de ces crédits. Il enta néanmoins de répondre avec le maximum de précisions aux questions qui lui étaient posées et retourna déposer son dossier. Entrant dans la banque, il croisa deux personnes âgées qui venaient de retirer des dossiers identiques au sien. Des retraités, sûrement, bien habillés, simplement mais proprement. Joseph eut pitié pour eux et se dit qu’il avait sans doute plus de chance qu’eux, car il avait au moins l’espoir de voir sa situation changer, alors qu’eux, à la retraite, s’ils en étaient rendus à ce point, ne devaient plus guère avoir d’espoir. Voyant à quel point la situation économique était devenue désastreuse, Joseph eut un moment de déprime. Mais il fallait avancer.
Les jours suivants, il se mit à la tâche afin de rassembler les documents nécessaires et renseigner les imprimés du dossier. Finalement il déposa son dossier qui fut rapidement vérifié. Deux jours plus tard, il recevait par courrier une attestation de dépôt et une d’inscription au fichier des incidents bancaires.
 
Plusieurs jours de suite, Joseph se présenta sans succès à la succursale où devait arriver sa carte de paiement. Celle-ci n’arriva qu’en fin de semaine. Aussitôt, il alla au distributeur vérifier qu’elle fonctionnait correctement en retirant vingt Euros, seule transaction possible pour lui, puisque n’étant pas dans la région de son agence, il ne pouvait interroger le solde de son compte. Sa carte fut avalée immédiatement. Il rappela son agence. La personne qui lui répondit n’était pas son interlocutrice habituelle et lui répondit « Mais avec le découvert que vous avez, ce n’est pas étonnant » Joseph essaya bien d’expliquer que c’était convenu ainsi avec son agence mais il fallait qu’il téléphone de nouveau le lendemain. Joseph n’avait plus d’unités sur sa carte téléphonique et plus un centime en poche. Ecoeuré, il laissa tomber l’affaire. A présent, ils devraient vivre à quatre sur le R.M.I. de Leila, qui était déjà insuffisant.
 
 
Par Joseph - Publié dans : Société
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Samedi 22 septembre 2007 6 22 /09 /2007 19:00
 
 
Sorti de sa garde à vue, Leila et Joseph décidèrent d’aller discuter avec Carla. Lorsque Joseph eût fini d’exposer sa journée, Carla lui dit :
 
-         Pourquoi n’essaierais-tu pas de joindre ton père ?
-         Parce qu’il s’en moque.
-         Crois-tu ? Pourquoi dis-tu cela ?
 
Joseph raconta alors son histoire avec son père :
 
–—
 
De retour de la maternité, lors de ma naissance, ma mère est rentrée seule dans le nouvel appartement familial.
 
Le rituel quotidien
 
Médecin gynécologue, il rentrait le soir à huit heures. Son premier travail : se servir un verre à moutarde plein d’apéritif. Ensuite il remplissait la baignoire et y lavait sa chemise en nylon, puis l’accrochait à un fil, juste au dessus.
 
Après cela il s’éclipsait dans ‘sa pièce’, sorte de capharnaüm, sale et poussiéreux, dans laquelle avaient été montées en épi, transformant l’espace en une sorte de « U », des étagères en métal, couvertes de livres sur les différentes guerres. Une vieille penderie en bois sombre dans laquelle étaient pendus ses costumes et vêtements militaires, suivie d’un armoire en plastique dont les petites fleurs cachaient chemises, puis, enfin, une armoire en contreplaqué imitation chêne, la seule qui fermait à clef, où des piles de papiers à l’équilibre incertain recouvraient de temps à autre des objets aussi divers qu’un poignard portant la croix gammée, un appareil à prendre les mensurations du crâne – son père lui expliqua que les allemands s’en servaient pour repérer les juifs -, une paire de forceps, une croix de guerre allemande, des médicaments et d’autres choses aussi inattendues que variées. Depuis la guerre d’Algérie, la fenêtre donnant sur la rue avait été recouverte d’un papier collant destiné à éviter les éclats de verre dans le cas de l’éclatement d’une bombe. Les volets étaient perpétuellement fermés depuis cette époque. C’était la seule fenêtre des trois qui donnaient sur la rue qui bénéficiait de cette protection. Rien n’a bougé aujourd’hui, comme si la guerre faisait toujours rage. Devant la fenêtre, un valet en acajou portait le costume que mon père mettrait le lendemain. Un grand casier métallique avec trois étages de casiers suspendus, remplis de papiers prolongeait l’étagère, juste en face du valet. Au dessus, une boîte en bois contenant des fiches, chacune concernant une personne. Les renseignements portés, n’avaient rien de médical. Il y avait même une photo de femme posant nue, l’amie d’un industriel de la Ruhr, semblait-il. Sur le mur opposé aux armoires, des photos : Mon grand-père paternel, en uniforme, l’air sérieux, puis une autre avec ma grand-mère, ma sœur et moi-même. Aucune photo de ma mère. Là encore, plein de papiers et d’objets divers se battaient pour conquérir un petit espace sur ce qui devait être un bureau. Dans le fond, un lit d’une place.
 
Lorsque mon père ne se retirait pas dans son antre, c’est qu’il voulait parler à ma mère, d’un papier qu’il venait de recevoir concernant la maison, d’un problème médical – ma mère était médecin également -, ou de tout autre problème familial ou domestique qu’il refusait généralement d’assumer.
 
Le moindre problème, la moindre contrariété le mettait en colère. Il criait, giflait ma mère, claquait les portes. Quand il était au mieux de sa forme, il cassait la vaisselle ou la jetait par la fenêtre de la cuisine, toujours ouverte le soir. Eclair de lucidité de ma mère pour en préserver les carreaux ? Les crises les plus fortes se produisaient lorsque l’apéritif manquait pour son deuxième verre à moutarde.
 
L’heure de passer à table arrivait vite. Mis à part les échanges techniques du genre « passe-moi le sel » ou les commentaires de mon père, c’est la télévision qui faisait la conversation. Après le repas, je devais aller me coucher.
 
Le lendemain matin, je me levais et, tandis que je préparais mes affaires pour aller en classe, mon père s’activait dans la salle de bains de longs moments. L’odeur d’eau de Cologne emplissant le couloir donnait le signal pour accéder à la salle d’eau. Parfois mon père nous déposait, ma sœur et moi sur nos lieux d’études, mais la plupart du temps il partait au travail. Je ne le revoyais plus avant le soir.
 
Le week-end
 
Le week-end, le rythme était légèrement différent. Mon père faisait une courte apparition entre midi. Là encore, apéritifs, mais pas le cérémonial de la chemise, évidemment. Les discussions à table étaient un peu plus riches, mon père parlant généralement de gens qu’il connaissait, de photos qu’il avait faites à Saint-Trop’, ou d’autres merveilles de sa vie. Le menu était invariablement poulet frites, suivi par des éclairs au chocolat. Puis mon père retournait travailler.
 
Je l’admire pour ce courage qui l’animait : travail sept jours sur sept. Je plains son infirmière, qui était en même temps ma marraine. Je ne voyais celle-ci qu’au plus une ou deux fois par ans, par la vitre baissée de la voiture de mon père. C’est sans doute ce surcroît de travail qui faisait que cela se passait toujours en coup de vent, dans le garage au sous-sol, moteur tournant. Elle me remettait une enveloppe avec un billet pour Noël ou mon anniversaire. Je faisais alors la bise à la maîtresse de mon père en lui disant « Merci marraine ». Je remontais, ils repartaient.
 
Les vacances
 
La période des vacances arrivée, mon père partait près de Saint-Tropez, dans une maison qu’il avait faite construire à ma marraine. Il donnait de l’argent, juste ce qu’il fallait, à ma mère pour que nous partions à la mer ou à la montagne. Invariablement, nous allions à Valloire, dans les Alpes, où Victorio se comportait comme ‘père’ avec moi, ou à Golfe Juan sur la côte d’azur. Toujours aux mêmes endroits.
 
Son sens des responsabilités
 
Comme tous les jeunes, il arrive un jour où je désirai faire du patin à roulettes ou du vélo. La réponse de mon père fut pour ma mère : « Pas question. Et s’ils en font et qu’il leur arrive quelque chose, ce sera de ta faute !... ». C’est ma grand-mère, sa propre mère, qui nous en fit faire, en cachette lorsque nous allions chez elle. Même réponse pour la luge, le ski, le patin à glace, la natation. Si j’ai pratiqué ces sports, ce n’est sûrement pas grâce à mon père. Jamais je ne suis allé nager avec mon père. C’est mon parrain qui m’emmena à la piscine quelques fois, le matin de bonne heure. J’en garde un souvenir ému, car lui s’est occupé de moi, du moins plus que mon père.
 
Pour le judo et l’aïkido, ce fut différent. Cela se passait dans le contexte scolaire, alors mon père ne dit rien. La seule surprise désagréable qu’il eût à cause de cela arriva alors qu’il voulait m’infliger une correction. Comme toujours, en pareil cas, il dit « les mains derrière le dos ». Je m’exécutai. La gifle partit mais n’arriva point : Il passa par-dessus ma tête. Ce devait être la dernière correction
 
Médecin, il m’a laissé à l’abandon sur le plan médical
 
Mes parents étaient médecins, mais je crois que j’ai été plus mal soigné que la plupart des gens. Contrairement à ma sœur qui a été suivie et même appareillée, j’ai atteint l’âge de dix huit ans sans avoir jamais vu un dentiste. Cela ne tient pas au fait que mes dents soient parfaites, loin de là. Elles sont de travers et se chevauchent largement, ce qui rend leur nettoyage problématique. De tous temps, j’en ai fait un complexe. De ma vie, je n’ai jamais osé rire de peur que l’on voie mes dents, tellement elles me font honte. Tout au plus, je souris, en essayant de ne pas écarter les lèvres. C’est mon professeur d’allemand, en sixième, qui fit remarquer à mes parents que je voyais mal.
 
Un raciste inconditionnel
 
A cela, je pourrais ajouter un problème de frein trop court, qui ne me permettait pas d’avoir de relations sexuelles. Mon père s’est toujours opposé à ce que l’on m’opère. La raison invoquée était qu’il ne voulait pas que son fils ait un caractère racial juif. En effet, il a toujours été raciste et, pendant toute ma jeunesse, j’ai été éduqué dans la haine de ces ‘nègres’, ‘youpins’ et autres ‘bougnoules’. Il disait à ma mère que c’était de sa faute. Sa belle-mère ne se prénommait-elle pas Marthe ? C’est juif çà !... Mon père ne dut me parler qu’une fois de son frère, mort-né je crois … Elie.
 
Ce ‘petit rien’ qui a perturbé ma vie
 
La première fois qu’une jeune fille me demanda de faire l’amour avec elle, sachant que je n’étais pas opérationnel, j’inventai une histoire à dormir debout pour excuser mon impuissance. Le lendemain, elle me quitta. J’aimais cette fille et en fus très meurtri. Hors de moi, en colère contre mes parents, je pris moi-même rendez-vous pour me faire opérer. Il y eut une autre conséquence qui me poursuit encore aujourd’hui. J’ai inconsciemment associé impuissance à perte de l’être aimé. Il n’y a pas si longtemps que j’ai compris d’où ce sentiment venait, mais même le sachant, lorsque je tombe amoureux, ma hantise est de ‘ne pas tomber en panne, car je risque de perdre l’être cher’. Evidemment, cette crainte ne fait que renforcer le risque et pratiquement à chaque fois, j’ai des difficultés au début.
 
La seule passion de mon père : ‘la parade’
 
Mon père a une passion : l’armée. J’ai vu une fois des petits carnets qu’il remplissait, lorsqu’il était jeune, avec des dessins d’uniformes, des bras avec des galons, les forces en présences dans différents pays, et autres renseignements collectés et représentés avec beaucoup de soin. Mon père aurait voulu faire Saint-Cyr. La seconde guerre mondiale éclata et, école militaire, Saint-Cyr fut fermée sous l’occupation allemande. Afin de ne pas partir au Service du Travail Obligatoire, il entreprit ses études de médecine. C’est à cette époque qu’il épousa ma mère, pas vraiment par amour, dit-elle, mais plutôt par dépit, ayant du mal à oublier la condisciple qui l’avait repoussé au lycée.
 
Après la guerre, il garda cette passion pour l’armée et monta un véritable arsenal : fusils Lebel, pistolets automatiques, révolvers, poignards, sabres et épées. De temps à autres, il sortait une pièce de sa réserve et me la montrait. Il organisait parfois, des séances de tir à la carabine à plomb – une « Diana » - dans le couloir. C’est à lui que je dois ma connaissance des armes. C’est la seule chose qu’il m’a apportée. Quand j’avais une dizaine d’années, je dormais parfois dans ‘sa’ chambre, en fait la salle à manger. Cette pièce possédait une double porte avec de part et d’autre un lit simple. Cela faisait très longtemps que mes parents faisaient chambre à part. Au milieu de la pièce, la longue table et, derrière, la télévision. Le long d’un mur, un meuble à portes dans lequel se trouvait la chaîne hi-fi : un vieux tourne disques « topaze » avec un plateau de la taille de 45 tours, relié à une vieille radio à lampes. Parfois, j’avais droit aux « incorruptibles », mais, le plus souvent mon père me faisait écouter sa musique favorite « Tiens ! Voilà du boudin… » ou « Aïe ! Dis aïe Oh ! ». Ecoute religieuse interrompue par quelques commentaires admiratifs. Il admire particulièrement l’armée allemande, pour sa discipline, mais par recoupement avec d’autres ‘fétiches’ qu’il conserve, je préciserais l’armée nazie.
 
Un jour, il se rendit compte qu’il pouvait prendre du galon comme officier de réserve. Il alla donc assister à des conférences, ce qui lui permit d’accumuler de précieux « points ». Plus il avait de points et plus il avait de chances d’avoir un « témoignage de satisfaction ». Pour augmenter ce nombre de points, il s’inscrivit au C.A.P.I.R. – Centre Air de Perfectionnement et d’Instruction des Réserves - de Villacoublay. Il s’y entraînait au tir, et participait à des courses d’orientation. Un soir, il rentra très fier avec ses beaux galons tout neufs. Trois « barrettes » !... Et là, quelque chose me surprit. Il ouvrit la fenêtre et les posa sur le rebord, en les lestant d’une pierre. Devant ma perplexité, il expliqua qu’il ne voulait pas avoir l’air d’un tout jeune capitaine, alors, il ternissait ses galons. A cette époque, je l’accompagnais parfois aux séances de tir ou pour les parcours d’orientation.
 
Plus grand, il me conseilla de faire une préparation militaire, ce qui me parut être un choix judicieux pour passer mon temps sous les drapeaux de la façon la plus intéressante possible. Dans le même temps, j’avais rencontré celle qui devait devenir ma première femme. Fille de commandant, ce fut une sorte de consécration pour mon père.
 
Après mon service, effectué comme officier, je me mariais au cercle militaire. Puis, parfois plusieurs fois par an, j’effectuais des périodes dans mon unité. Là, les choses commencèrent à changer. Nos points de vues étaient divergents. Il voulait que je fasse des périodes non soldées pour obtenir des « points », de ceux qui vous permettent de gagner des galons. Je considérais, pour ma part, que c’était un job dans l’armée dont je m’acquittais pour faire mon devoir mais qu’il n’y avait aucune raison de le faire gratuitement. Une autre raison était que si je refusais de me faire payer, les frais de déplacement suivaient le même régime. Donc, non seulement je devenais bénévole mais il fallait que je paie le trajet, long, mais les frais liés à ma résidence sur la base. Je fis le calcule et lui dit un jour « Pour passer capitaine… Sais-tu combien il faut que je paie ? Désolé, mais il y a des gens très bien qui on fait la révolution en 1789 et les grades ne s’achètent plus comme à une certaine époque. »
 
Me considérant comme un raté, mon père me rejette
 
Pour lui, c’était la fin de son rêve, celui qu’il avait reporté sur moi. Je devenais un raté à ses yeux. Je n’eus plus alors que de rares contacts avec lui.
 
Je venais de rencontrer Fernande, qui deviendrait quelques années plus tard ma troisième épouse. Celle-ci désirait voir un concert de Mark Knopfler, son idole. Pour lui faire plaisir, j’envisageais d’aller à son concert. Sachant que mon père, toujours fourré à Saint-Tropez pour ses vacances, connaissait pas mal de gens dans le milieu du show business, je lui téléphonai, histoire de savoir s’il pourrait nous avoir de bonnes places, meilleures que celles que l’on aurait pu avoir normalement. Sa réponse fut brève « Tu n’es qu’un raté. Quand on n’a pas les moyens, on ne le fait pas ». Il raccrocha. Je restai médusé. Je ne lui demandais nullement de m’offrir des places de concert. Je téléphonai à des amis à Cannes, qui se firent un plaisir de me réserver deux places et de nous prêter leur maison sur la côte d’azur à cette occasion. Partant en Corse, ils ne seraient pas là.
 
Il rejette mon fils
 
A nouveau, je n’eus plus de contacts pendant plusieurs années, jusqu’à ce que je vienne travailler quelques mois sur Paris. Je travaillais la nuit, de vingt heures à cinq heures. A six heures du matin, Fernande me téléphonait car elle venait de se lever. Huit heures et les compresseurs étaient mis en marche pour le ravalement de la façade de l’immeuble, en cours à cette époque. Neuf heures, ma mère entrait dans la chambre et disait « Tu es encore au lit ? ». Il m’était très difficile de me reposer. Lorsque Raoul me téléphona pour dire
 
-         Papa, je vais avoir des vacances et je n’ai jamais vu Paris. Est-ce que je peux venir ?
-         Bien sûr
 
J’avais réfléchi rapidement. Si le jour je ne pouvais pas me reposer, autant lui faire visiter Paris. Raoul était le fils de Fernande. Après des débuts difficiles, il avait fini par comprendre que je le considérais vraiment comme mon propre fils. Le soir, par courtoisie, je dis à mon père :
 
-         Raoul va venir quelques jours, est-ce que cela pose problème ?
-         Il n’en est pas question. Ce n’est pas ton fils.
 
Je restais estomaqué. Sans s’être concertées, ma mère et ma sœur me firent la même réponse. Cette dernière ajouta même « Ce n’est pas ton fils… avec toutes ces histoires de pédophilie ». J’en étais abasourdi. Raoul était comme mon fils et ce que j’entendis m’écoeura. Je n’allai pas passer outre leur décision et dus rappeler Raoul. Je savais à présent où était ma famille : avec Fernande et Raoul. Je le leur dis.
 
Il cherche à casser mon ménage
 
Un samedi soir, je n’étais pas retourné retrouver Fernande dans l’Allier car je m’étais inscrit pour faire des heures supplémentaires le lendemain. Celle-ci téléphona. Mon père décrocha sans que je le sache. Ils restèrent deux heures au téléphone. Plus tard, Fernande appela de nouveau. Je décrochai. Elle me fit une crise de jalousie au téléphone à laquelle je ne compris rien, tout d’abord. Mon père lui avait raconté que je sortais tous les soirs pour aller m’amuser et boire. J’avais du mal à en croire mes oreilles. J’eus beaucoup de mal à expliquer à Fernande que, si je sortais le soir, c’est que je travaillais de nuit, ainsi que le stipulait mon contrat de travail et le prouvaient mes feuilles de paie. A bout d’arguments, je lui dis « Même si c’était vrai, crois-tu qu’un père dirait cela de son fils à sa belle-fille ? Alors demande-toi pourquoi il le dit. Peut-être a-t-il une motivation qui lui est propre. Je peux prouver ce que je fais, non ce que je ne fais pas ». Fernande ne fut pas calmée pour autant. Après le coup de téléphone, j’entrai dans la salle à manger. Attrapant mon père par le revers de son pyjama, je sortais les quatre-vingt kilos de fusiller commando de son lit et lui mis mon poing dans la figure lui disant ‘plus jamais tu te mêles de ma vie privée’. Le lendemain, il mettait un verrou sur la porte de la salle à manger et un autre sur la porte de ‘sa pièce’.
 
Fin des relations familiales
 
Je ne revis mon père qu’une fois, alors que j’étais de passage pour une nuit à Paris. Mon père vint voir mon chien, Procop. En août dernier, alors que j’avais demandé une réunion de famille sur un terrain neutre, à Paris, il ne daigna même pas se déplacer.
 
–—
 
Carla n’avait pas interrompu Joseph. Elle était comme pétrifiée et se contenta de dire doucement
 
-         Ce n’est pas un père
-         Comme je le dis parfois à Leila : ‘Toi, tu as perdu ton père alors que tu avais trois ans, mais ce n’est pas forcément mieux d’avoir son père, on ne peut même plus se bercer d’illusions’.
-         Et ton parrain, le vois-tu ?
-         Il est mort.
-         Tu m’as parlé également de quelqu’un dans les alpes
-         Il s’agit de Victorio, à Valloire, mais il est mort également.
-         Pourquoi dis-tu qu’il était comme ton père ?
 
Joseph raconta alors son histoire avec Victorio.
 
–—
 
A Valloire, j’admirais beaucoup Victorio, le maître de maison. Petit, trapu, solidement campé sur ses jambes courtes, les cheveux noirs, de type italien, il était charpentier ébéniste l’été, moniteur de ski l’hiver, chasseur et pêcheur. Lorsque je fus assez grand, dès que j’arrivais, l’été, je demandais après lui et me rendais immédiatement sur le chantier où il travaillait. Victorio m’apprenait alors les rudiments du métier comme : utiliser un ciseau à bois pour ôter la languette supérieure qui dépassait des bardages, planter des clous dans les chevrons. Je passais également beaucoup de temps dans l’atelier où mes petites mains essayaient de l’aider au mieux. Si je ne me servais pas de certaines machines-outils particulièrement dangereuses comme la toupie, j’en connaissais parfaitement le fonctionnement. Un vrai bonheur. A l’époque, les lois étant moins strictes, nous étions plus libres. De nos jours, ce serait impossible sans enfreindre une loi sur la sécurité ou le travail au noir ou que sais-je encore. Souvent, lorsque Victorio allait pêcher, je l’accompagnais le long des torrents une hachette à la main, pour extraire les vers des souches en état de décomposition ou sous les écorces. Bien qu’opposé à la chasse, je l’accompagnais lorsqu’il faisait ses sorties pour « repérer » les chamois qu’il convoitait. Nous partions de nuit et le début de la ballade se faisait, la plupart du temps à la lampe torche. Ce n’est que lorsque nous arrivions au chalets d’alpage, petites maisons en pierre au milieu des herbages, que le jour se levait, que les chiens de berger venaient nous escorter jusqu’au chalet. Souvent, arrivant au moment de la traite, nous y prenions un délicieux bol de lait chaud, mousseux et bien épais.
 
L’hiver, mon premier travail était de descendre à l’atelier, transformé en atelier de préparation de skis pour la saison, car cette famille pratiquait également la location de skis et de luges. J’allais dans la remise à skis et choisissais une paire à ma taille, puis la mettait sur la table et la préparais, fartage et réglage des fixations. Cela aussi Victorio m’avait appris à le faire. Je skiais avec lui le matin de bonne heure. Ma sœur nous accompagnait. Nous prenions la « benne de service », avec le personnel, et descendions les pistes avant que celles-ci ne soient ouvertes.
 
Un matin, en début de saison, la piste se présentait comme une alternance de poudreuse et de traces de « Ra-Tracks », c’est ainsi qu’ils appelaient les dameuses. Mes spatules entrèrent sous une croûte gelée et, au niveau des chevilles, je me retrouvais bloqué, brutalement. Je tombais de tout mon long dans la poudreuse. Il faisait encore nuit. Je me relevais difficilement et passais un moment à remettre mes skis, après avoir soigneusement retiré cette neige froide collante dans laquelle j’étais enseveli. Je repartis. Peu après, j’arrivais sur une grande bosse et décollais, entamant un saut assez long. J’étais en l’air lorsque j’entendis « clac », presque immédiatement suivi par un autre son similaire. Je venais de perdre mes deux skis, en plein vol. En début de saison, lorsque l’on commet encore des maladresses, il est d’usage de régler les fixations plutôt lâches, pour qu’elles « sautent » facilement. Là, j’avais peut-être exagéré… Je me plantai droit comme un « I » dans une énorme masse de neige. Déjà refroidi et fatigué par la première chute, je me laissai aller et restai sans bouger, avec une profonde envie de dormir. Victorio me rejoignit, me sortit de là, me mit sur ses épaules et regagna le bas de la piste, mes skis à la main.
 
Le reste de la journée, je skiais, seul ou avec d’autres jeunes savoyards, prenant à peine le temps de manger. La nuit venue, la plupart du temps, je passais des heures à la patinoire. Parfois, après manger, avec ses trois filles, son épouse, ainsi que ma sœur et ma mère, et parfois d’autres, nous sortions « en bande » en boîte de nuit, ou manger une fondue. C’était familial et bon marché, à l’époque. Souvent, quand Victorio sortait voir des amis, il m’emmenait avec lui.
 
Un jour, je me rendis compte que, dans une année, je passais plus de temps avec Victorio qu’avec mon propre père. Tout ce que je savais de la montagne, du ski, de la pêche, de la chasse, du travail du bois et du bricolage en général, et bien d’autres choses encore, je le devais à Victorio et à nul autre. Je me demandais ce que mon père m’avait apporté.
 
–—
 
Cela avait fait du bien à Joseph de parler ainsi de choses agréables qu’il avait vécues dans sa jeunesse, même si, du même coup, cela prouvait un peu plus que son père n’était qu’un fantoche.
 
Fatigué par toutes ces confidences, Joseph et Leila s’en repartirent. Pendant le trajet, Joseph ne parla pas, se recueillant devant ses souvenirs.
 
Par Joseph - Publié dans : Famille - Communauté : Racontez-le moi !
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Samedi 22 septembre 2007 6 22 /09 /2007 12:00
 Ce samedi matin là, Joseph s’était disputé avec Leila. Le motif importe peu, en fait, car la vraie cause n’était autre que la tension provoquée par le chantage du procureur visant à les mettre à la rue. Un moment, Joseph dit « si c’est comme cela, je pars dans un foyer ». Sous le coup de la colère, Leila lui répondit qu’il pouvait le faire le soir même.
 
Joseph prit quelques affaires et sortit. Il passa la journée dehors. Il n’avait pas un sou en poche. Il se rendit dans un magasin Cash-express et vendit son vieux Nokia. Sa fortune s’élevait à présent à huit Euros. Il en profita pour manger un morceau et continua d’errer dans les rues de Reims. Le soir venu, il téléphona au 115, pour chercher un foyer, puisque tout le monde semblait lui prédire cette destinée. Après divers renseignements son interlocutrice lui demanda
 
-         Pourquoi cherchez-vous une place ?
-         Parce que Monsieur le Procureur m’a demandé de quitter le logement que j’habite d’ici la fin de la semaine…
-         Ah !... Je vois… Où êtes-vous ?
-         Devant la cathédrale
-         Hier, il n’y avait plus de place dans les foyers. Je vais me renseigner. Essayez de rappeler dans cinq minutes.
 
Cinq minutes plus tard :
 
-         Il n’y a pas de place sur Reims. Il faudrait changer de ville. Le pouvez-vous ?
-         Non. Tant pis, je vais me débrouiller
 
Joseph raccrocha et se mit en quête d’un endroit abrité pour passer la nuit. Il dormit le long du mur d’un garage. Dormir est un bien grand mot car il fut réveillé par le froid et dût marcher pour se réchauffer. Il avait faim.
 
Au petit matin il se présenta à la maison. Le téléphone de Leila était sur répondeur. Il essaya alors le téléphone fixe de sa sœur, mais personne ne bougea. Finalement, réveillant tout le monde, il sonna à la porte. Devant cet accueil glacial, Joseph entra en murmurant juste « merci ». Il se fit couler du café, puis en remplit une bouteille isotherme, attrapa un bout de pain et repartit. Il repassa encore un jour dehors, dans un jardin public, lisant un livre qu’il n’avait jamais eu le temps de lire, profitant des toilettes publiques, sirotant son café et grignotant son bout de pain. Le soir venu, il appela de nouveau le 115. Seul devant un répondeur, il laissa un message et regagna son coin de mur.
 
Le lendemain matin, à sept heures trente, Joseph se garait devant la maison pour emmener Rose au collège. Il repassa vers huit heures et quart pour emmener Titi à l’école et se rendit au bureau de police. Le vendredi, il avait reçu une convocation et un rappel comme quoi il devrait être parti le soir même. En avance, il s’assit sur les marches en attendant l’ouverture. Neuf heures. Il entra et le policier lui demanda :
 
-         Alors ? Avez-vous trouvé une solution
-         J’ai cherché un foyer en appelant le 115. Les foyers sont complets. J’ai passé deux jours et deux nuits dehors. Je n’ai pas l’intention de forcer Leila et deux enfants de quatre et onze ans à se retrouver dans la rue, alors puisque Monsieur le Procureur me laisse le choix entre quitter la maison ou aller en correctionnelle, je choisis la correctionnelle.
-         On va devoir vous mettre en garde à vue
-         Dans ce cas, mettez-moi en garde à vue.
 
Ils passèrent dans le bureau et un policier demanda à Joseph de vider ses poches sur la table, puis procéda à une palpation. Joseph lui dit :
 
-         Vous pensez que j’ai une arme sur moi ?
-         C’est la procédure
-         Bon.
 
Après lui avoir rendu le contenu de ses poches, les policiers remplirent leur formulaire de mise en garde à vue. Tandis qu’ils téléphonaient au commissariat central pour obtenir une voiture, Joseph demanda à se rendre aux toilettes. La porte entrouverte, il s’assit sur le siège et, discrètement, envoya un sms à Leila pour lui dire qu’il était mis en garde à vue. En effet, il ne voyait pas comment, dans ces conditions, il pourrait aller chercher le petit à la sortie de l’école. Le policier ouvrit la porte des toilettes mais, voyant la position de Joseph, la referma. Une fois sorti, on lui dit qu’il pouvait faire prévenir un membre de sa famille, un avocat et voir un médecin. Joseph déclina l’offre du médecin et sourit en pensant à sa famille : elle serait trop contente d’apprendre la nouvelle. Ayant pu prévenir Leila, il donna le numéro de Carla, une amie portugaise qui ferait tout pour aider Leila. Finalement, il demanda que son avocate fût prévenue, mais sans grande conviction, car les derniers chèques qu’il lui avait remis s’étaient révélés sans provision. Puis Joseph attendit dans l’entrée.
 
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Un peu plus tard, un policier procéda à une nouvelle palpation. Le véhicule était arrivé. L’escorte procéda, pour la troisième fois à une palpation. Joseph se dit que c’était une vraie manie chez eux. Un policier lui passa les menottes dans le dos et tous sortirent pour monter en voiture.
 
Arrivé au commissariat central, Joseph fut conduit derrière une lourde porte métallique. La lumière des néons ne faisait que renforcer la couleur verdâtre des murs. Il apprécia que les menottes lui fussent retirées. Trop serrée la gauche lui laissait déjà des traces rouges. Il fut menotté à un banc. On vida ses poches pour faire l’inventaire de ses poches, hors de sa présence. Un policier vint à lui avec une petite capsule en plastique.
-         Qu’est-ce que c’est ?
-         Du collyre. D’habitude, je porte des lentilles de contact, mais là, je fais reposer mes yeux.
 
Peu après, deux policiers vinrent le chercher pour l’emmener dans une petite pièce. Là, Joseph se déshabilla complètement, retourna ses chaussettes, dut se pencher en avant, puis se rhabilla. Peu après avoir été menotté de nouveau sur le banc, un policier vint le chercher pour l’interroger. Joseph fut détaché et, le code tapé sur le clavier permit au policier d’ouvrir la lourde porte pour le mener dans un bureau plus accueillant.
 
La plainte s’était étoffée :
 
-         J’ai eu votre mère au téléphone
-         Et ?
-         Elle était très embêtée de faire une déposition contre vous…
 
Joseph qui connaissait sa mère depuis plus d’un demi siècle, l’imaginait comme s’il l’avait eue devant lui, faisant mine d’être gênée pour accentuer encore le coup qu’elle allait porter. Le policier lut la déposition en question. Celle-ci était accablante. Au moins trois pages de calomnies présentées avec force détails.
 
-         Mais c’est complètement faux
-         Si c’est faux, nous le saurons car ce qu’elle dit évoluera
 
Joseph pensa en lui-même que le policier se faisait des illusions. Il savait sa mère très intelligente et que, malgré son âge avancé, elle possédait une excellente mémoire. Elle était en pleine possession de ses moyens intellectuels. Il n’y avait pas si longtemps, n’avait-elle pas réussi la dictée de Bernard Pivot avec seulement deux fautes. Il y a encore quelques années, sa mère avait repris des études de numismatique et d’archéologie et avait obtenu une maîtrise. Alors si le policier pensait se trouver avec une pauvre dame âgée, diminuée, il était loin du compte.
 
Le policier reprit « Pourquoi pensez-vous que votre mère soutiendrait votre sœur ? »
 
Joseph réfléchit un instant car la question, bien que logique et légitime le surprenait un peu. La réponse était de ce genre d’évidence que l’on a du mal à formuler. Il commença « Ma mère et ma sœur sont… » - il ne voulut pas prononcer le mot « siamoises », bien que ce fut celui qui lui sembla le plus approprié – « … très proches, tout le temps ensemble. Même si ma sœur dispute toujours ma mère, elles semblent se compléter à merveille. Et puis… ». Un policier entra pour dire que mon avocat était là. On me fit à nouveau entrer dans cet univers verdâtre. L’avocate était debout au milieu de la pièce. Joseph s’avança vers elle « Bonjour Maître, merci d’être venue mais… vous savez que je ne suis pas en mesure de payer quoi que ce soit ». L’avocate écarta ce problème d’un petit geste de la main et s’enquit d’une pièce où elle pouvait s’entretenir avec son client. C’était un petit réduit.
 
Depuis le début, Joseph affectait un calme, presque un détachement, cherchant ainsi à dissimuler ces blessures infligées par sa famille, cette chair qui lui avait donné le jour. Il fut très touché de la présence de l’avocate venue l’aider à résister à cette tempête de haine qui s’abattait sur lui. Dans ce réduit, Joseph se retrouva comme dans l’œil d’une tempête et, relâchant sa tension, craqua un court instant au travers de quelques larmes.
 
L’avocate demanda « De quoi s’agit-il ? ». Joseph lui donna les éléments de la plainte. L’avocate lui demanda alors de parler de sa vie avec sa famille. Le monologue dura pratiquement une demi-heure. Moment, pénible à cause des souvenirs évoqués, au cours de laquelle il raconta rapidement les grandes lignes de ses rapports avec sa famille : Un père inexistant et ne voulant surtout pas être embêté par le reste de sa famille, une mère aussi trompée que manipulatrice qui avait toujours cherché à détruire les relations amoureuses de son fils, une soeur cupide qui voulait tout commander, tout régir, pour s’effondrer comme une baudruche percée à la moindre difficulté. Il n’osa cependant pas parler de…
 
Le temps imparti étant dépassé, l’avocate mit fin à l’entretien, l’encouragea. Déjà Joseph repassait la lourde porte pour retourner à l’interrogatoire.
 
-         Niez-vous avoir mis des serrures sur les portes ?
-         Non. J’ai mis une seule serrure sur la porte de la pièce où dormaient les enfants, suite à des vols de différents objets, parfums et… doudous ! A la suite de quoi ma sœur a fait mettre des serrures sur les autres portes. Toutefois… je n’avais pas fini de répondre à la question précédente qui était de savoir pour quelles raisons ma mère soutenait ma sœur.
-         Alors ?
-         Que ma sœur s’oppose à moi peut se comprendre, car elle désire que je quitte les lieus ou, pour être plus exact, que ma compagne et ses enfants s’en aillent. Seul problème : je soutiens les enfants et ma compagne, alors, tant que je suis là, elle ne peut parvenir à ses fins. C’est donc en m’attaquant qu’elle cherche à atteindre Leila. Pour ce qui est de ma mère, elle a, de tous temps, essayé de détruire mes relations amoureuses. Celle-ci ne fait pas exception. Si l’on sait qu’en plus mes parents sont racistes, il est clair que ma mère m’en veut d’avoir « ramené une algérienne ».
-         C’est vous qui le dites
-         Cela fait plus de cinquante ans que je les connais. J’ai été élevé au milieu des « bougnoules », « youpins » et autres « nègres ».
 
Le policier passa à la suite, sans rien noter. Joseph renchérit « J’insiste pour que vous le notiez ». De mauvaise grâce, une petite phrase fut ajoutée à la fin de la déposition de Joseph.
 
Il fut reconduit dans la « zone verte », puis, menotté à nouveau au banc. A la demande de Joseph, on lui apporta sa veste qu’il glissa sur ses épaules. Peu après, on lui ôta la veste et le parqua dans une cellule avec un grand type allongé sous une couverture de survie. Le policier lui apporta une couverture de survie également. Joseph s’assit sur le grand banc de béton, adossé au mur, la couverture lui entourant les épaules et ne bougea plus.
 
Un peu d’agitation régna hors des cellules. Deux personnes allaient être relâchées. Mon voisin se leva et appela. Il appela plusieurs fois, pesta, recommença. Il marchait comme un ours en cage, attendant que quelqu’un lui prête attention. Finalement, on vint. Puis la femme qui était libérée. Ils échangèrent quelques mots. La femme partit. Il la regarda partir. Joseph n’avait toujours pas bougé. Le grand type se tourna vers lui :
 
-         Pourquoi t’es là ?
-         Violences et menaces de mort… à ce qu’il paraît. Et toi ?
 
Le type lui raconta une histoire que Joseph n’écouta pas. Il pensait à Leila et se demandait comment elle allait. Un policier interrompit le monologue qui faisait résonner la cellule. « Voulez-vous manger ? ». Quelle question ! Deux jours et deux nuits que Joseph n’avait pratiquement rien avalé. La petite barquette de riz chaud lui fit le plus grand bien. Il se réinstalla, sans un mot sur le banc de béton.
 
Plusieurs policiers arrivèrent. Le grand type se leva et dit « C’est pour monter là haut ». Un policier vint et appela Joseph. Etait-ce pour la comparution immédiate ? Non. Il allait passer un entretien, de nouveau, avec une personne qui travaillait dans le social et devait ensuite appeler le procureur. Joseph raconta encore une fois la situation « ubuesque » dans laquelle il se trouvait, puis fut reconduit en cellule. Le grand type n’était plus là.
 
On vint le chercher, le menotter de nouveau, pour l’emmener au palais de justice. Entré par une petite porte latérale, il grimpa un petit escalier et, en compagnie de deux policiers et d’un gardien, attendit dans une petite pièce. Après un quart d’heure environ, la porte s’ouvrit.
 
Il était dans le bureau du procureur, celui qu’il avait eu au téléphone lors de son audition au bureau de police.
 
Joseph raconta sa tentative infructueuse en foyer et sa décision de ne pas partir de chez sa sœur. Il ne voulait pas mettre à la rue sa compagne et les deux enfants. Il exposa de nouveau les seules solutions « raisonnables » qui s’offraient à lui et fit état de ses recherches en matière de logement. Le procureur ne voulut rien savoir et lui dit :
 
-         Vous avez des bagages. Pourquoi ne trouvez-vous pas de travail ?
-         J’en cherche, mais à cinquante ans passés, je ne bénéficie d’aucune aide de l’Etat. Alors, les entreprises intéressées par un « vieux » qui ne leur apporte aucune exonération sont rares. De plus, avec mes remboursements de crédits je ne peux pas accepter un travail en dessous de deux mille Euros.
-         C’est toujours la faute des autres
-         Non, c’est un fait. Je ne vais pas construire mon logement. Les foyers sont pleins. Je n’ai pas de travail et plus un sou. Que proposez-vous ?
-         Vous vous « démerdez ».
-         Vous avez demandé cinquante mille Euros à votre famille ?
-         Non, un dépannage de cinq mille. Si je compte trois mois de loyer à sept cents Euros, deux mois de caution et de quoi vivre avec sept cents Euros par moi, cela me laisse deux mois pour trouver un travail, car on est payé en fin de mois et représente cinq mille six cents Euros.
-         Effectivement, cinq mille Euros, ce n’est pas excessif.
 
Puis, devant les accusations, Joseph nia. Le procureur lui répondit « vous commencez à me gonfler. Ce sont mes accusations ». Il ajouta « Je ne requiers aucune peine de prison. Vous êtes convoqué pour le 23 octobre. Si vous avez trouvé un logement d’ici-là, j’abandonnerai certaines de ces accusations ». Joseph ne dit rien et signa la citation à comparaître.
 
Les policiers le reconduisirent dans la rue et lui remirent un sac plastique avec le contenu de ses poches.
 
Il pleuvait. Joseph remit sa montre. Il fallait qu’il aille chercher Rose au collège. Il marchait vite, sous la pluie, pour rejoindre sa voiture laissée au bureau de police de Croix Rouge, à quelques kilomètres de là. Chemin faisant, il écouta les messages de soutien de Leila et de Carla, envoya un sms à Leila pour lui dire qu’il était sorti et prévint également Carla.
 
 
Par Joseph - Publié dans : Justice
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Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /2007 12:00
Comme demandé sur la convocation, Joseph se rendit au bureau de police. Le policier relut la plainte déposée contre Joseph puis commença à lui parler de façon agressive :
 
-         Vous êtes chez votre sœur et elle veut que vous partiez. Alors il faut partir. Vous êtes violent, vous proférez des menaces, vous cassez de la vaisselle.
-         Pour aller où ?...
-         Vous n’avez pas le droit de rester chez votre sœur.
-         Mais… Vous êtes en train de me juger. Peut-être pourrais-je m’exprimer.
 
Faisant mine de se lever Joseph ajouta « Je croyais que c’était une audition. Si c’est ainsi, je ne vois pas ce que je fais ici. »
 
Le policier reprit, toujours sur un ton agressif
 
- Vous pouvez vous exprimer.
 
Le policier commença à lui poser des questions sur son état civil, sa profession, sa situation familiale et même sur son service militaire.
 
-         Avez-vous demandé cinquante mille Euros à votre sœur Catherine ?
-         Non. Je lui ai envoyé un message pour rencontrer ma famille dans un lieu neutre. Mon père n’est pas venu. Ma mère n’entendait pas et le dit. Ma sœur a balayé sa remarque d’un grand geste de la main en lui disant « je te raconterai ». J’ai alors expliqué que, certes, je n’attendais pas grand-chose d’une famille qui m’avait toujours pourri la vie mais que là, nous avions, ma sœur et moi, un intérêt commun : Elle voulait que je parte et je ne voulais pas rester. Je demandais donc une aide de ma famille, afin de réaliser ce vœu en attendant que je trouve un travail. Si je ne partais pas, ce n’est pas que je ne voulais pas, mais que je ne pouvais pas. Puis je faisais un état de ma situation financière et demandais un prêt de cinq mille Euros pour couvrir mes impayés immédiats.
-         Votre mère vous a donné mille cinq cents Euros en juillet
-         C’est exact. Elle m’a fait un virement en me disant de partir
-         Avez-vous proféré des menaces de mort ? C’est ridicule. Nous nous disputons, c’est vrai. L’ambiance est tendue, mais je n’ai pas proféré de menaces de mort. Quel serait mon intérêt de tuer ma famille, alors qu’ils représentent l’une de mes solutions pour sortir de cette situation. Les seules solutions sont trouver du travail, ou, en attendant, obtenir une aide de ma famille ou rester chez ma sœur. Ceci dit, ma sœur ne m’aide pas non plus à m’en sortir, lorsqu’elle supprime le téléphone ou retient mon costume enfermé dans une pièce dont elle seule a la clef.
-         Votre sœur dit qu’elle a peur de vous.
-         Ma sœur a toujours eu peur. Dès que quelque chose ne va pas, elle joue les chefs, puis panique.
-         Elle vous accuse d’avoir cassé son appareil auditif qui lui a coûté huit mille Euros.
-         C’est faux. Elle est tombée dans l’escalier, à ce que je sais. C’est vrai que cet escalier est mortel. Tout le monde est tombé dedans.
-         Elle dit que vous êtes violent
-         Je me demande où se trouve la violence. C’est vrai que nous nous disputons, mais il faut que je vous raconte quelque chose. Ma mère a eu un malaise en août. Ma sœur m’a d’ailleurs accusé de l’avoir empoisonnée. Heureusement que des examens ont été pratiqués pour prouver le contraire. Je les ai vus et seul son taux de Gamma-GT était important.
-         Cela n’a pas de rapport. La plainte est entre vous et votre sœur.
 
Joseph raconta rapidement, néanmoins, ce qui s’était passé lors du malaise de sa mère, et reprit « …à cette occasion, je suis resté très calme, comme les pompiers pourraient vous le confirmer, alors que ma soeur était complètement hystérique. Et que penser de ma sœur poussant Leila dans les escaliers ? »
 
-         C’est un problème entre votre sœur et Leila. D’ailleurs vous n’avez pas de certificat.
-         Pourquoi dites-vous cela ? Non seulement il y a un certificat établi par un médecin des urgences, appelé le lendemain, le docteur Arte ne répondant pas le week-end. Il y a également les photos que j’ai prises à ce moment qui montrent, bien mieux que le certificat, la violence de l’agression. On nettement les traces de doigts sur le cou de Leila, ce qui exclut totalement la thèse de l’accident.
-         De toute façon, vous êtes chez votre sœur et vous devez partir.
-         Sans travail, sans argent et sans logement ? Pour me retrouver à la rue avec deux enfants ? Cela fait onze mois que nous demandons un logement social et que nous n’obtenons que des refus.
-         Il y a des foyers…
 
L’audition se poursuivit toute la matinée, Joseph se sentit traité comme un criminel. Accusé de choses qu’il n’avait pas faites, sans solutions, comme pris dans un piège. L’audition se termina par :
 
-         Bien sûr, vous restez à notre disposition
-         Il n’y a pas de problème. Laissez-moi seulement vous dire une chose : Contrairement à ma sœur, je peux prouver tout ce que j’avance.
 
Joseph retourna à la maison, alla chercher Titi à l’école, puis l’y reconduisit. En route pour la poste où il devait poster quelques réponses pour des emplois, il reçut un coup de fil du bureau de police.
 
-         Il faut que vous passiez avec les papier justifiant de votre recherche de logement
-         Quand ?
-         Tour de suite
-         Mais… je n’ai pas trop de temps
-         Vous vous êtes engagé à rester à notre disposition
-         Oui, mais il faudrait au moins me laisser un peu de temps. Je fais mon possible pour passer le plus vite possible, mais, tout de suite, ce n’est pas possible.
 
Joseph laissa tomber la poste et rentra. Il chercha fébrilement quelques justificatifs demandés. Il prit également les certificats médicaux de Leila et les photos. Il manquait l’attestation de sa sœur autorisant Leila à résider tant qu’elle n’avait pas trouvé de logement. Leila lui dit « Dans le dossier d’inscription de Rose, nous en avons fourni une ».
 
Joseph se rendit au collège de Rose, au secrétariat. Il attendit, mais personne ne vint, jusqu’à ce que le principal entre :
 
-         Vous désirez quelque chose ?
-         Effectivement, un service. Nous avons remis une attestation de domicile lors de l’inscription de Rose. J’en aurais un besoin urgent mais ma sœur est absente et ne peut en établir une actuellement. Serait-il possible d’en avoir une copie ?
-         Il n’y a personne au secrétariat cet après-midi, mais je devrais bien arriver à mettre la main sur le dossier.
 
Le principal chercha et en tira l’attestation espérée. Il en fit une copie puis, tendant l’original à Joseph dit « Je vous laisse l’original, la copie me suffit »
 
Joseph le remercia puis se précipita au bureau de police.
 
Le policier le reçut de façon plus courtoise l’après-midi. Joseph étala sur le bureau les documents.
 
-         Vous avez effectivement cherché un logement
-         Oui, d’ailleurs, les différentes correspondances montrent que nous ne sommes pas restés inactifs, que nous avons eu des rendez-vous, tant avec les organismes logeurs qu’avec les élus, pour essayer de trouver un logement. J’ai d’ailleurs encore un rendez-vous avec un conseiller municipal la semaine prochaine.
-         Je vais faire des photocopies.
-         Vous ne prenez pas le certificat médical ?
-         Ce n’est pas l’affaire qui vous oppose à votre sœur.
 
Revenant un peu plus tard :
 
-         Ce qu’il vous faudrait, en fait, c’est une bonne médiation
-         Alors là, je vous suis. C’est ce que je demande depuis un moment sans arriver à l’obtenir.
-         Je vais transmettre au procureur. Veuillez m’attendre dans la pièce à côté.
 
Joseph s’installa sur un des fauteuils en plastique situés dans l’entrée du bureau de police. Le temps passait et l’heure de la sortie de Titi approchait. Il devait être sorti à présent. La porte du bureau s’ouvrit. Joseph, inquiet dit :
 
-         Excusez-moi, mais il faut que je fasse vite car je dois aller chercher le petit à l’école
-         Le procureur veut vous parler, il est au téléphone.
 
Joseph saisit le combiné
 
-         C’est ubuesque !... Votre sœur est chez elle et elle n’ose pas rentrer !...
-         Mais… je ne l’ai pas mise à la porte et les accusations sont fausses. C’est une manœuvre pour que je m’en aille
-         Alors partez !... Vous n’êtes pas chez vous
-         Pour aller où ? avec quoi ?
-         C’est votre problème ! Je vous donne jusqu’à la fin de la semaine pour partir ou je vous envoie en correctionnelle !...
 
Une fois raccroché, le policier dit encore une fois à Joseph « il y a les foyers ».
 
Joseph reprit sa voiture et alla chercher Titi. Rose, qui était sortie plus tôt, les rejoint à la sortie de l’école. De retour à la maison, Joseph avait envie de pleurer. Comment annoncer à Leila que dans trois jours ils étaient à la rue ? Prétextant qu’il devait retourner au bureau de police pour récupérer les originaux des papiers qu’il y avait laissé, Joseph reparti tout de suite et, cette fois, se mit à pleurer de désespoir dans la voiture. Il passa au bureau de police pour les papiers, puis rentra et annonça la nouvelle à Leila, sans que les enfants l’entendent…
 
 
Par Joseph - Publié dans : Société
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Vendredi 31 août 2007 5 31 /08 /2007 12:00
Joseph, la cinquantaine, 1m70, toujours blond même si ses cheveux fins se faisaient beaucoup plus rares sur le dessus du crâne, plus ridé par la vie que par le soleil entra dans le cabinet de consultation.
 
-         Bonjour Docteur
-         Il s’est passé pas mal de choses depuis la dernière fois. J’ai téléphoné au Docteur Faraday. Votre mère et votre sœur sont venues me voir et m’ont dit que vous les menaciez de mort.
-         Je l’ai appris hier par le Docteur Faraday.
 
Accusé par son ex femme d’être violent, Joseph avait demandé à ce psychiatre de le suivre afin de faire le point à ce sujet. Ayant toujours vécu dans un monde assez violent, il s’était finalement rendu compte que ce qui ne l’était pas pour lui pouvait l’être pour d’autres, plus épargnés par la vie. Alors qu’auparavant ne pouvait être violence que la violence physique, il avait découvert l’existence de la violence verbale. Le docteur Arte reprit :
 
-         Votre sœur a peur
-         Comme je l’ai dit au Docteur Faraday, elle a toujours eu peur. Peur de se retrouver dans un ascenseur qui s’arrête, peur qu’on ne lui vide sa maison qui, soit dit en passant, en aurait bien besoin, au point de ficeler ses volets avec de la ficelle à poulet si elle s’absente une journée. Un jour elle a parcouru plus de 300 km pour vérifier que le robinet d’arrêt du gaz était bien fermé. Ma sœur a facilement peur mais, ce n’est pas mon problème, c’est le sien.
 
ab
 
Joseph se souvenait de ce qui s’était passé une quinzaine de jours auparavant.
 
Il se souvenait comment il avait déposé Leila et les enfants au retour des courses et repartit aussitôt, ayant oublié d’acheter des cigarettes. Sortant du tabac, il vit un message lui indiquant qu’il avait trois messages sur son répondeur. Il écouta. Le premier était sa sœur qui hurlait tellement fort que la distorsion l’empêcha de comprendre quoi que ce soit. Le second était Rose qui, en pleur et complètement affolée le suppliait « Joseph… Joseph… reviens vite !... s’il te plait… reviens !... ». Le troisième, de Catherine à nouveau, était presque aussi incompréhensible que le premier. Joseph comprit néanmoins quelque chose comme « … peux pas gérer tout le monde… ». Il se précipita à la maison et trouva sa sœur, les bras croisés, appuyée sur le chambranle de la porte d’entrée. Il entrait à peine que sa sœur lui hurla que sa mère était malade et lui sauta dessus. Joseph esquiva le quintal lancé et, ce faisant, n’avait pas encore retiré sa jambe quand sa sœur se prit les pieds dedans. Tombée à terre, elle se mit à hurler comme un cochon que l’on égorge. Les pompiers arrivaient. Joseph se précipita au second pour voir dans quel état était sa mère, alors que sa sœur l’accusait d’avoir cassé ses lunettes. Le pompier lui répondit « mais… madame… elles sont sur votre nez… ».
 
La mère de Joseph était couchée sur le lit de Catherine. Elle respirait mais semblait dormir profondément. Joseph la remua doucement, lui arrachant un petit murmure. Catherine arriva furieuse « Sors d’ici !... ». Un pompier, sur ses talons, dit à Joseph « Sortez, cela vaut mieux ». Joseph, qui s’était déjà relevé répondit simplement « Pas de problème ! Je ne tiens pas à envenimer les choses… ». Il sortit et descendit au premier étage retrouver Leila. Il la vit l’œil tuméfié, les bras griffés.
 
-         Qu’est-ce qui t’es arrivée
-         Ta sœur m’a bousculée
 
Il n’eut pas le temps de continuer car un pompier descendait. Il l’appela :
 
-         Puisque vous êtes là, pourriez-vous examiner Leila
-         Nous avons été appelés pour votre mère, nous nous occupons d’elle uniquement.
 
Joseph fut surpris et quelque peu choqué de cette réponse, mais déjà sa mère descendait sur un brancard. Joseph les accompagna jusqu’en bas tout en téléphonant au docteur Arte, son médecin traitant pour lui demander de passer examiner Leila. Il enregistra sa demande sur le répondeur du docteur. Les pompiers installèrent sa mère dans l’ambulance. Joseph, appuyé sur le chambranle de la porte comme sa sœur l’était quelques temps auparavant observait la scène. Catherine discutait avec les pompiers devant l’ambulance. Joseph ne comprenait pas bien ce qui se passait jusqu’à ce que l’un des pompiers se dirige vers lui et lui demande :
 
-         Pouvez-vous venir avec nous ?
-         Oui, mais je croyais que ma sœur vous accompagnait
-         Elle n’est… pas en état.
-         Bon !... Je viens !
 
Joseph se tourna vers Leila et lui dit : « Catherine ne monte pas dans l’ambulance, c’est moi qui y vais. Enferme-toi bien avec les enfants, au cas où elle rentrerait avant moi. N’hésite pas à m’appeler en cas de problème. ». Il enfila sa veste et monta dans la camionnette. Elle s’était à peine ébranlée que l’un des pompier dit : « Elle va nous rentrer dedans ! ». Catherine suivait l’ambulance de si près qu’ils craignaient qu’elle ne la percutât.
 
Arrivés aux urgences, Joseph s’assit dans la salle d’attente. Catherine, toujours surexcitée courrait partout. Ayant attendu un moment que l’admission soit faite, Joseph entra. Il alla voir sa mère. Allongée, elle respirait assez fort. En fait, elle ronflait. Par le drap légèrement soulevé, Joseph remarqua quelques bleus sur ses jambes. Il jeta un coup d’œil à la feuille d’admission et y releva « contexte familial difficile »… C’était le moins que l’on puisse dire. Il attendit encore, car de nombreux examens devaient être pratiqués. Il observait sa sœur du coin de l’œil. Si vindicative jusque là, elle s’effondrait à présent comme un gros bébé pleurant la perte son doudou. Joseph la trouva pitoyable. Il alla lui chercher un café. Il n’avait pas assez d’argent liquide sur lui, alors il prit de l’eau dans les toilettes. Après un long moment, les médecins se montrèrent rassurants, disant qu’ils la gardaient pour finir les examens mais qu’elle n’était pas en danger. Il était tard et il fallait encore rentrer pour s’occuper de Leila et des enfants. Joseph prit congé et alla demander un taxi au poste de garde. Il régla sa course au moyen d’un chèque, sans être sûr que celui-ci serait approvisionné.
 
Sa mère et sa sœur ne rentrèrent que le lendemain. Joseph, de retour aux urgences, avait suivi les méandres des couloirs de l’hôpital et les avait croisées sans s’en apercevoir. Il arriva à la maison en même temps qu’elles et aida sa mère, très fatiguée, à monter au second, à se coucher. Sa sœur, plus calme que la veille, lui dit avoir passé la nuit à l’hôpital. Elle y avait dormi dans une chambre, sous sédatifs. Ensuite, Catherine montra les résultats des examens. Seul un taux trop élevé de Gamma-GT attira son attention. En effet, sa mère n’était pas censée boire d’alcool, bien que Joseph ait beaucoup de doutes à ce sujet, et ne prenait, paraît-il aucun traitement. Le reste était parfaitement normal. Il se félicita de voir que les examens avaient été assez complets pour le disculper des accusations de sa sœur. Personne n’avait tenté d’assassiner sa mère. Catherine lui annonça qu’elles allaient partir se reposer quelques jours. Au fond de lui-même, Joseph accueillit cette nouvelle avec bonheur, car ce ne pouvait qu’être reposant pour tout le monde. Elles ne partirent qu’une semaine plus tard. Visiblement, un changement d’adresse avait été effectué.
 
Plusieurs jours s’étaient écoulés lorsque Leila avoua à Joseph qu’elle n’avait pas été simplement bousculée. Certes, elle avait été tapée, mais Catherine avait ensuite poussé Leila dans les escaliers. Il demanda alors comment cela s’était passé. Entendant ma sœur vociférer au téléphone - elle refusait de donner les renseignements nécessaires aux médecins du samu, exigeant une intervention rapide – Leila monta pour proposer son aide. Incarnation du mal aux yeux de Catherine, Leila s’était alors faite agresser. Catherine était ensuite descendue et s’en était prise aux enfants, les faisant sortir de la cuisine où ils devaient manger, puis les poussant dans le réduit qui leur servait de chambre, avec ordre de ne pas sortir et de ne pas manger. Joseph était furieux. L’injustice envers les enfants ainsi que l’agression de Leila qui changeait de nature : ce n’était plus une rixe, mais une tentative de meurtre, rendirent Joseph furieux. Jusque là, il avait essayé de tempérer Leila, l’encourageant à déposer une main courante plutôt qu’une plainte. A présent, il n’avait plus la même vision des choses.
 
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Joseph reprit « Catherine m’accuse de beaucoup de choses… ». Il raconta cette pénible soirée, puis enchaîna «… et elle ne m’a pas accusé d’avoir empoisonné ma mère ? Heureusement que des examens ont été effectués à l’hôpital !... »
 
-         En tout cas, la situation devient plus que dangereuse. Disons qu’elle est dans le… orange-rouge.
 
Par Joseph - Publié dans : Société
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  • : Joseph et Leila
  • joseph.et.leila
  • : Ce blog est, malheureusement une histoire vraie, celle de Joseph, qui se déroule en ce moment. Mélange de désespoir, de révolte contre l’injustice, contre le racisme, contre les administrations kafkaïennes et l’inefficacité des services sociaux… Bref ! Un appel au secours, peut-être, la preuve d’un mal-être, sûrement. Joseph n’a pas commencé sa vie aujourd’hui et des retours en arrière seront faits de temps à autre, afin de mieux cerner cette vie. Le temps manque, la fin étant incertaine, po

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