Lundi 10 mars 2008
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17:00
Il était 14 heures 30 quand Joseph déposa Leila. Elle allait à son deuxième rendez-vous dans ce foyer d'accueil.
Commença une longue attente dans la voiture. Il ne faisait pas très chaud. Titi était dans la voiture aussi. Il n'était pas allé à l'école car
il était malade. Joseph voulut écouter un peu de musique mais la batterie de son mp3 était à plat. Il avait emporté un livre dont il ne lut que quelques lignes. Ses pensées étaient tournées vers
la recherche d'un abri, en vain. Il avait toujours gardé espoir mais là... celui-ci l'abandonnait quelque peu. L'échéance arrivait et rien de concret ne se présentait.
Deux heures après, Leila revint. Elle avait l'air bizarre. Elle monta dans la voiture, sans un mot. Joseph ne dit rien et prit la route de la
maison.
Un peu plus tard dans l'après-midi, elle fondit en larmes et commença à raconter son entrevue.
- Jamais je n'irai là bas
- Cela confirme ta première impression ?
- Non, c'est pire. Alors que j'attendais, j'ai vu enlever les enfants à leur mère.
Elle pleurait, courrait partout et appelait son fils : "Mathieu !... Mathieu !...". Deux assistantes sociales étaient là et emmenaient le jeune garçon. Ils dirent à la mère : "vous avez
signé".
Après un instant, Leila ajouta
- Tu avais raison (voir Merci les services sociaux du 19 octobre 2007), ils ne peuvent enlever les enfants sans l'accord de la mère
- Aussi, pourquoi a-t-elle signé ?
- Une autre personne qui attendait me l'a dit. En fait, ils attendent qu'elle soit
endormie et la piquent. Complètement assommée, la mère signe n'importe quoi.
- Mais il s'agit de coups et blessures. Elle devrait aller au CHU faire constater
la trace de piqûre et faire pratiquer une analyse toxicologique.
- Ce ne serait pas possible, car on ne peut sortir du foyer comme on veut. Il y a
des doubles portes et il faut que l'on t'ouvre.
Leila s'arrêta de parler un instant, et pleura.
- Ils doivent en faire signer une autre demain. Je le sais, car lors de
l'entretien, la responsable avec qui je discutais a reçu un coup de téléphone. Je faisais semblant d'être ailleurs et de ne pas m'intéresser à la conversation. Aucun nom n'a été prononcé. Elle a
juste parlé de la Croix Rouge.
- Ce peut-être n'importe quel service, car le foyer d'où tu sors est dans le
quartier "Croix-Rouge".
- C'est peut-être Madame Raptin, car la responsable m'a dit qu'elle travaillait
avec elle. Elle disait "Non ! Elle n'a pas encore signé... Elle ne veut pas... Oui !... Il reste la dernière solution, mais je ne l'ai jamais fait, il faudrait me montrer... Je ne veux pas me
planter...". Je ne supporterai pas que l'on me retire mes enfants
- Je sais, ils ont déjà essayé à plusieurs reprises. Une mère qui voudrait laisser
ses enfants à la DDASS n'aurait pas attendu de les avoir élevés pendant onze ans...
Joseph était écoeuré. Il retrouvait bien au travers de ces paroles, cet acharnement des services sociaux qu'il avait déjà constaté. Soit disant
pour "aider" des personnes qui sont en situation difficile, des mères qui, la plupart du temps sont confrontées à un "simple" problème de disponibilité de logement à caractère social. Plutôt que
de les aider dans leur quête, ils contribuent, par leurs pressions et même leurs menaces à les plonger dans la dépression. Leur solution "miracle" consiste alors à leur retirer leurs enfants, la
chair de leur chair, le plus souvent, tout ce qu'il leur reste. A l'évidence, cette femme avait signé, mais ce n'était pas sa volonté réelle. Elle avait donc, pour le moins, été poussée à
le faire...
Ce que Joseph ne comprenait pas c'est... "Pourquoi" ? Des enfants de cet âge sont impossibles à faire adopter. Serait-ce une question d'argent ?
Où vont les allocations dans ce cas ? Il ne savait pas. Non ! Il ne comprenait pas la motivation. Il y avait sûrement un aspect de la question qui lui échappait.
Joseph regretta de ne pas avoir une caméra qu'il aurait confiée à Leila. Les gens méritent de connaître l'existence de comportements aussi
odieux.