Société

Samedi 10 novembre 2007 6 10 /11 /2007 18:41
Une petite pluie fine le glaçait car le vent soufflait assez fort. Il pensa que cela faisait un an qu’il était avec Leila. En poche, il n’avait même pas de quoi lui acheter une fleur. Il était toujours dans les remous de ses peines lorsque, trois quarts d’heure plus tard, temps qu’il lui fallait pour faire le trajet à pieds, il arriva au collectif contre les exclusions.
 
Il s’était adressé à ces bénévoles pour trouver un appui dans sa recherche d’un logement. Chaque fois qu'il se rendait dans cette maison de quartier, il y avait de plus en plus de monde dans la salle d'attente. Un jeune homme entra. Joseph comprit qu’il appartenait à une radio locale et fit une réflexion qui attira l’attention du jeune homme. Celui-ci s’assit à ses côtés. Ils discutèrent un moment puis le jeune homme proposa une interview pour une émission qu’il animait le soir même. Joseph résuma sa position sur les organismes logeurs qui, lorsqu’ils n’ont pas envie d’octroyer un logement, mènent les gens en bateau ainsi que sur les services sociaux qui ne sont là que pour enfoncer encore un peu plus les gens dans le besoin.
 
Vint le tour de Joseph. Discutant avec le groupe de bénévoles, il apparaissait clairement que la démarche de sa sœur était limpide. Si elle avait seulement déposé une plainte pour expulsion, elle était sûre de ne pas obtenir gain de cause rapidement. La première plainte pour violences et menaces servait, en fait, à la seconde. C’est parce qu’il y avait « voies de fait », comme disait l’avocat de sa sœur, qu’ils n’avaient pas droit aux deux mois pour déménager.
 
Cela rappela à Joseph que Sylvie avait procédé de même en déposant une plainte pour violences et maltraitances à enfant, en vue d’obtenir un divorce aux torts de Joseph. Cela devenait une habitude, pensa-t-il. Porter des accusations de violence pour atteindre un autre objectif.
 
Ecoeuré, Joseph s’en retourna. Lorsqu’il vit Leila, il lui souhaita un bon anniversaire. Celle-ci lui répondit « je le savais depuis ce matin ». Joseph ne répondit rien et, attristé, se demanda pourquoi, dans ce cas, elle ne lui avait rien dit.

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Vendredi 19 octobre 2007 5 19 /10 /2007 19:00
Madame Raptin était accompagnée d’une personne de l’A.S.E. Madame Raptin dit se faire beaucoup de soucis pour Leila, puis, sa collègue dit qu’elle va mettre Leila et les enfants dans un foyer. Ayant déjà vécu cela, Leila refusa, comme elle l’avait déjà fait auparavant. La collègue insista. Joseph intervint « Vous n’avez pas le droit sans l’accord de Leila ». Après une hésitation, la collègue battit en retraite. Madame Raptin revint à la charge « Vous êtes fatiguée. Il faudrait vous hospitalisez et nous prendrions les enfants ». Devant tant d’insistance, Joseph se leva. « Je crois que nous perdons notre temps » dit-il à Leila, « Nous sommes venus demander une aide pour obtenir un logement et tout ce que nous obtenons ce sont des pressions pour te placer dans un foyer. Nous avons autre chose à faire pour chercher un logement que de rester ici ». Cherchant à calmer la discussion, Madame Raptin dit « Je crois qu’il y a peut-être un moyen d’obtenir un logement par le biais du C.C.A.S. ». Joseph commençait à être singulièrement agacé « Madame Raptin, je doute fort que cela aboutisse. La dernière fois que nous nous sommes adressés au C.C.A.S., sur vos conseils, celui-ci nous a éconduits. Leila n’est pas à la C.A.F. de la Marne, donc le C.C.A.S. ne peut rien pour nous. On nous a même dit que jamais vous n’auriez dû nous adresser à eux ». Surprise, Madame Raptin répondit « Je ne savais pas… ».
 
Jospeh, comprenant que les services sociaux ne leur apporteraient aucune aide, bien au contraire prit congé. Madame Raptin termina par un « Je ne vous lâcherai pas » assez agressif qui traumatisa encore un peu plus Leila, redoutant tellement qu’on lui arrache les enfants.
 
Un an que Joseph et Leila fréquentaient les services sociaux. Ceux-ci ne leur avaient apporté aucune aide, prodigué aucun conseil utile, mais n’avaient cessé d’exercer des pressions sur Leila, ajoutant des difficultés psychologiques aux difficultés matérielles.
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Mercredi 17 octobre 2007 3 17 /10 /2007 12:00
Le matin, Joseph alla porter une copie de l’assignation à un organisme logeur, le seul qui n’avait pas encore refusé le dossier, avec l’intention de leur montrer l’urgence de la situation. Puis il se rendit à cet organisme qui s’occupe de la répartition des dossiers auprès des trois organismes logeurs de Reims. Cet établissement est fermé le matin mais, à force de taper à toutes les portes de tous les étages, quelqu’un finit par lui ouvrir :
 
-         Excusez-moi de vous déranger, je sais que vous êtes fermés, mais c’est urgent. J’aurais un papier à déposer pour un dossier.
-         Vous ne pouvez pas repasser cet après-midi ?
-         Non, car j’ai rendez-vous avec mon avocate. C’est lié, précisément à l’urgence de la situation.
-         Attendez, je vais voir.
 
La porte se referma. Quelques instants plus tard, on l’invita à entrer par une autre porte. Joseph remit une copie de l’assignation et dit :
 
-         Dans deux jours, quatre personnes risquent d’être expulsées. Cela fait onze mois qu’une demande de logement a été déposée et rien n’a été obtenu jusqu’à présent.
-         Nous n’avons pas de logement. Il faudrait contacter la personne qui s’en occupe aux services sociaux de quartier
-         Avez-vous ses coordonnées ?
 
On les lui communiqua. Joseph appela immédiatement. La responsable du logement lui répondit :
 
-         Avez-vous vu l’assistante sociale du quartier ?
-         Madame Raptin ?
-         Oui
-         Plusieurs fois, mais cela n’a mené à rien
-         Mais il faut passer par elle
-         Bon, je la verrai
 
Joseph sentait qu’il allait encore retomber dans l’ornière de l’immobilisme social. Il avait déjà vu cette personne qui était, non seulement inefficace, mais ne connaissait pas très bien son métier, du moins c’est ce que nous dirent d’autres membres des services sociaux. Il repartit chez lui et s’attaqua à un dossier de demande d’aide juridictionnelle, aide à laquelle il n’avait pas droit, d’après une avocate de Moulins, contactée pour son affaire avec Fernande. En effet, si ses débuts de mois étaient toujours en négatif de près de deux cents Euros, du fait des remboursements de crédits que ses indemnités journalières ne parvenaient à couvrir, ses ressources seules étaient normalement prises en compte, celles-ci suffisant pour lui ôter tout droit à une aide.
 
Joseph tenta néanmoins d’expliquer cette situation dans laquelle il n’avait rien et droit à rien.
 
Madame Raptin l’appela et désirait le voir de suite. Joseph lui répondit qu’il avait une assignation à comparaître et qu’il fallait qu’il prépare sa défense, vu qu’il n’avait pas les moyens de s’offrir un avocat. Ils prirent rendez-vous pour le jour de l’audience, l’après-midi.
 

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Vendredi 5 octobre 2007 5 05 /10 /2007 12:00
Au mois d’août, Joseph avait demandé une réunion de famille en vue d’obtenir l’aide financière lui permettant de garder la tête hors de l’eau deux ou trois mois, le temps de trouver une nouvelle situation d’équilibre. Son père n’était pas venu. Sa sœur avait écarté sa mère et, au bout de la discussion avait rejeté toute intervention de façon décisive, prenant ainsi la décision en lieu et place des parents. Pourtant sa sœur avait un intérêt à cela : permettre à Joseph de quitter la maison de sa sœur, ce que l’un et l’autre voulaient. Joseph ne comprenait pas cette attitude mais, quoi qu’il en soit, sa situation était devenue intenable.
 
Il téléphona à sa banque. Son agence se trouvait dans l’Allier. Il ne l’avait jamais quittée car s’était instauré avec celle-ci une transparence réciproque. Quand Joseph avait une difficulté, il leur en faisait part et, de leur côté, ils faisaient le maximum pour aider Joseph. Depuis qu’il était à Reims, il avait eu des difficultés pour approvisionner son compte et le siège de Clermont-Ferrand avait même dû intervenir. Depuis, il était connu comme ‘celui qui est à Reims… ‘
 
-         Bonjour, c’est Joseph, de Reims
-         Bonjour, j’attendais votre appel
-         J’ai pris une décision, mais je voudrais votre avis. Je n’ai pas obtenu l’aide escomptée de la part de ma famille, alors, ne pouvant rembourser mes crédits, je vais déposer un dossier de surendettement. Par ailleurs, il me semble préférable de ne plus utiliser ni ma carte ni mes chèques.
-         Nous allions vous demander de nous les retourner.
-         Il faut être réaliste…
-         J’apprécie que vous soyez parvenu de vous-même à ces conclusions car, habituellement, c’est nous qui devons le demander
-         Par contre, je désirerais savoir si vous me permettez de faire quelques provisions, le plein de la voiture et d’acheter une recharge téléphone avant de vous les retourner.
-         Bien sûr, mais retournez-nous le tout demain et, à réception, je vous ferai parvenir une carte de retrait pour que vous puissiez avoir quand même un peu d’argent
-         D’accord
 
Ayant déjà eu des difficultés à obtenir sa carte bleue, plusieurs envois en recommandé s’étant égarés, il demanda que la carte soit envoyée dans une succursale de Reims. Joseph fit tout cela comme convenu. Le lendemain il appela de nouveau sa banque pour confirmer l’envoi.
 
Le lundi suivant, Joseph alla à pieds au centre de la ville et retira un dossier à la Banque de France. Il se mit au travail, sans pour autant pouvoir répondre avec précision à certaines questions. En effet, certains de ses crédits revolving remontaient à plus de dix ans et avaient déjà été soldés par le passé. Joseph n’avait pas conservé les relevés puisque les remboursements avaient été effectués. Il ne pouvait dire avec certitude à quand remontait l’ouverture de ces crédits. Il enta néanmoins de répondre avec le maximum de précisions aux questions qui lui étaient posées et retourna déposer son dossier. Entrant dans la banque, il croisa deux personnes âgées qui venaient de retirer des dossiers identiques au sien. Des retraités, sûrement, bien habillés, simplement mais proprement. Joseph eut pitié pour eux et se dit qu’il avait sans doute plus de chance qu’eux, car il avait au moins l’espoir de voir sa situation changer, alors qu’eux, à la retraite, s’ils en étaient rendus à ce point, ne devaient plus guère avoir d’espoir. Voyant à quel point la situation économique était devenue désastreuse, Joseph eut un moment de déprime. Mais il fallait avancer.
Les jours suivants, il se mit à la tâche afin de rassembler les documents nécessaires et renseigner les imprimés du dossier. Finalement il déposa son dossier qui fut rapidement vérifié. Deux jours plus tard, il recevait par courrier une attestation de dépôt et une d’inscription au fichier des incidents bancaires.
 
Plusieurs jours de suite, Joseph se présenta sans succès à la succursale où devait arriver sa carte de paiement. Celle-ci n’arriva qu’en fin de semaine. Aussitôt, il alla au distributeur vérifier qu’elle fonctionnait correctement en retirant vingt Euros, seule transaction possible pour lui, puisque n’étant pas dans la région de son agence, il ne pouvait interroger le solde de son compte. Sa carte fut avalée immédiatement. Il rappela son agence. La personne qui lui répondit n’était pas son interlocutrice habituelle et lui répondit « Mais avec le découvert que vous avez, ce n’est pas étonnant » Joseph essaya bien d’expliquer que c’était convenu ainsi avec son agence mais il fallait qu’il téléphone de nouveau le lendemain. Joseph n’avait plus d’unités sur sa carte téléphonique et plus un centime en poche. Ecoeuré, il laissa tomber l’affaire. A présent, ils devraient vivre à quatre sur le R.M.I. de Leila, qui était déjà insuffisant.
 
 
Par Joseph - Publié dans : Société
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Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /2007 12:00
Comme demandé sur la convocation, Joseph se rendit au bureau de police. Le policier relut la plainte déposée contre Joseph puis commença à lui parler de façon agressive :
 
-         Vous êtes chez votre sœur et elle veut que vous partiez. Alors il faut partir. Vous êtes violent, vous proférez des menaces, vous cassez de la vaisselle.
-         Pour aller où ?...
-         Vous n’avez pas le droit de rester chez votre sœur.
-         Mais… Vous êtes en train de me juger. Peut-être pourrais-je m’exprimer.
 
Faisant mine de se lever Joseph ajouta « Je croyais que c’était une audition. Si c’est ainsi, je ne vois pas ce que je fais ici. »
 
Le policier reprit, toujours sur un ton agressif
 
- Vous pouvez vous exprimer.
 
Le policier commença à lui poser des questions sur son état civil, sa profession, sa situation familiale et même sur son service militaire.
 
-         Avez-vous demandé cinquante mille Euros à votre sœur Catherine ?
-         Non. Je lui ai envoyé un message pour rencontrer ma famille dans un lieu neutre. Mon père n’est pas venu. Ma mère n’entendait pas et le dit. Ma sœur a balayé sa remarque d’un grand geste de la main en lui disant « je te raconterai ». J’ai alors expliqué que, certes, je n’attendais pas grand-chose d’une famille qui m’avait toujours pourri la vie mais que là, nous avions, ma sœur et moi, un intérêt commun : Elle voulait que je parte et je ne voulais pas rester. Je demandais donc une aide de ma famille, afin de réaliser ce vœu en attendant que je trouve un travail. Si je ne partais pas, ce n’est pas que je ne voulais pas, mais que je ne pouvais pas. Puis je faisais un état de ma situation financière et demandais un prêt de cinq mille Euros pour couvrir mes impayés immédiats.
-         Votre mère vous a donné mille cinq cents Euros en juillet
-         C’est exact. Elle m’a fait un virement en me disant de partir
-         Avez-vous proféré des menaces de mort ? C’est ridicule. Nous nous disputons, c’est vrai. L’ambiance est tendue, mais je n’ai pas proféré de menaces de mort. Quel serait mon intérêt de tuer ma famille, alors qu’ils représentent l’une de mes solutions pour sortir de cette situation. Les seules solutions sont trouver du travail, ou, en attendant, obtenir une aide de ma famille ou rester chez ma sœur. Ceci dit, ma sœur ne m’aide pas non plus à m’en sortir, lorsqu’elle supprime le téléphone ou retient mon costume enfermé dans une pièce dont elle seule a la clef.
-         Votre sœur dit qu’elle a peur de vous.
-         Ma sœur a toujours eu peur. Dès que quelque chose ne va pas, elle joue les chefs, puis panique.
-         Elle vous accuse d’avoir cassé son appareil auditif qui lui a coûté huit mille Euros.
-         C’est faux. Elle est tombée dans l’escalier, à ce que je sais. C’est vrai que cet escalier est mortel. Tout le monde est tombé dedans.
-         Elle dit que vous êtes violent
-         Je me demande où se trouve la violence. C’est vrai que nous nous disputons, mais il faut que je vous raconte quelque chose. Ma mère a eu un malaise en août. Ma sœur m’a d’ailleurs accusé de l’avoir empoisonnée. Heureusement que des examens ont été pratiqués pour prouver le contraire. Je les ai vus et seul son taux de Gamma-GT était important.
-         Cela n’a pas de rapport. La plainte est entre vous et votre sœur.
 
Joseph raconta rapidement, néanmoins, ce qui s’était passé lors du malaise de sa mère, et reprit « …à cette occasion, je suis resté très calme, comme les pompiers pourraient vous le confirmer, alors que ma soeur était complètement hystérique. Et que penser de ma sœur poussant Leila dans les escaliers ? »
 
-         C’est un problème entre votre sœur et Leila. D’ailleurs vous n’avez pas de certificat.
-         Pourquoi dites-vous cela ? Non seulement il y a un certificat établi par un médecin des urgences, appelé le lendemain, le docteur Arte ne répondant pas le week-end. Il y a également les photos que j’ai prises à ce moment qui montrent, bien mieux que le certificat, la violence de l’agression. On nettement les traces de doigts sur le cou de Leila, ce qui exclut totalement la thèse de l’accident.
-         De toute façon, vous êtes chez votre sœur et vous devez partir.
-         Sans travail, sans argent et sans logement ? Pour me retrouver à la rue avec deux enfants ? Cela fait onze mois que nous demandons un logement social et que nous n’obtenons que des refus.
-         Il y a des foyers…
 
L’audition se poursuivit toute la matinée, Joseph se sentit traité comme un criminel. Accusé de choses qu’il n’avait pas faites, sans solutions, comme pris dans un piège. L’audition se termina par :
 
-         Bien sûr, vous restez à notre disposition
-         Il n’y a pas de problème. Laissez-moi seulement vous dire une chose : Contrairement à ma sœur, je peux prouver tout ce que j’avance.
 
Joseph retourna à la maison, alla chercher Titi à l’école, puis l’y reconduisit. En route pour la poste où il devait poster quelques réponses pour des emplois, il reçut un coup de fil du bureau de police.
 
-         Il faut que vous passiez avec les papier justifiant de votre recherche de logement
-         Quand ?
-         Tour de suite
-         Mais… je n’ai pas trop de temps
-         Vous vous êtes engagé à rester à notre disposition
-         Oui, mais il faudrait au moins me laisser un peu de temps. Je fais mon possible pour passer le plus vite possible, mais, tout de suite, ce n’est pas possible.
 
Joseph laissa tomber la poste et rentra. Il chercha fébrilement quelques justificatifs demandés. Il prit également les certificats médicaux de Leila et les photos. Il manquait l’attestation de sa sœur autorisant Leila à résider tant qu’elle n’avait pas trouvé de logement. Leila lui dit « Dans le dossier d’inscription de Rose, nous en avons fourni une ».
 
Joseph se rendit au collège de Rose, au secrétariat. Il attendit, mais personne ne vint, jusqu’à ce que le principal entre :
 
-         Vous désirez quelque chose ?
-         Effectivement, un service. Nous avons remis une attestation de domicile lors de l’inscription de Rose. J’en aurais un besoin urgent mais ma sœur est absente et ne peut en établir une actuellement. Serait-il possible d’en avoir une copie ?
-         Il n’y a personne au secrétariat cet après-midi, mais je devrais bien arriver à mettre la main sur le dossier.
 
Le principal chercha et en tira l’attestation espérée. Il en fit une copie puis, tendant l’original à Joseph dit « Je vous laisse l’original, la copie me suffit »
 
Joseph le remercia puis se précipita au bureau de police.
 
Le policier le reçut de façon plus courtoise l’après-midi. Joseph étala sur le bureau les documents.
 
-         Vous avez effectivement cherché un logement
-         Oui, d’ailleurs, les différentes correspondances montrent que nous ne sommes pas restés inactifs, que nous avons eu des rendez-vous, tant avec les organismes logeurs qu’avec les élus, pour essayer de trouver un logement. J’ai d’ailleurs encore un rendez-vous avec un conseiller municipal la semaine prochaine.
-         Je vais faire des photocopies.
-         Vous ne prenez pas le certificat médical ?
-         Ce n’est pas l’affaire qui vous oppose à votre sœur.
 
Revenant un peu plus tard :
 
-         Ce qu’il vous faudrait, en fait, c’est une bonne médiation
-         Alors là, je vous suis. C’est ce que je demande depuis un moment sans arriver à l’obtenir.
-         Je vais transmettre au procureur. Veuillez m’attendre dans la pièce à côté.
 
Joseph s’installa sur un des fauteuils en plastique situés dans l’entrée du bureau de police. Le temps passait et l’heure de la sortie de Titi approchait. Il devait être sorti à présent. La porte du bureau s’ouvrit. Joseph, inquiet dit :
 
-         Excusez-moi, mais il faut que je fasse vite car je dois aller chercher le petit à l’école
-         Le procureur veut vous parler, il est au téléphone.
 
Joseph saisit le combiné
 
-         C’est ubuesque !... Votre sœur est chez elle et elle n’ose pas rentrer !...
-         Mais… je ne l’ai pas mise à la porte et les accusations sont fausses. C’est une manœuvre pour que je m’en aille
-         Alors partez !... Vous n’êtes pas chez vous
-         Pour aller où ? avec quoi ?
-         C’est votre problème ! Je vous donne jusqu’à la fin de la semaine pour partir ou je vous envoie en correctionnelle !...
 
Une fois raccroché, le policier dit encore une fois à Joseph « il y a les foyers ».
 
Joseph reprit sa voiture et alla chercher Titi. Rose, qui était sortie plus tôt, les rejoint à la sortie de l’école. De retour à la maison, Joseph avait envie de pleurer. Comment annoncer à Leila que dans trois jours ils étaient à la rue ? Prétextant qu’il devait retourner au bureau de police pour récupérer les originaux des papiers qu’il y avait laissé, Joseph reparti tout de suite et, cette fois, se mit à pleurer de désespoir dans la voiture. Il passa au bureau de police pour les papiers, puis rentra et annonça la nouvelle à Leila, sans que les enfants l’entendent…
 
 
Par Joseph - Publié dans : Société
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Vendredi 31 août 2007 5 31 /08 /2007 12:00
Joseph, la cinquantaine, 1m70, toujours blond même si ses cheveux fins se faisaient beaucoup plus rares sur le dessus du crâne, plus ridé par la vie que par le soleil entra dans le cabinet de consultation.
 
-         Bonjour Docteur
-         Il s’est passé pas mal de choses depuis la dernière fois. J’ai téléphoné au Docteur Faraday. Votre mère et votre sœur sont venues me voir et m’ont dit que vous les menaciez de mort.
-         Je l’ai appris hier par le Docteur Faraday.
 
Accusé par son ex femme d’être violent, Joseph avait demandé à ce psychiatre de le suivre afin de faire le point à ce sujet. Ayant toujours vécu dans un monde assez violent, il s’était finalement rendu compte que ce qui ne l’était pas pour lui pouvait l’être pour d’autres, plus épargnés par la vie. Alors qu’auparavant ne pouvait être violence que la violence physique, il avait découvert l’existence de la violence verbale. Le docteur Arte reprit :
 
-         Votre sœur a peur
-         Comme je l’ai dit au Docteur Faraday, elle a toujours eu peur. Peur de se retrouver dans un ascenseur qui s’arrête, peur qu’on ne lui vide sa maison qui, soit dit en passant, en aurait bien besoin, au point de ficeler ses volets avec de la ficelle à poulet si elle s’absente une journée. Un jour elle a parcouru plus de 300 km pour vérifier que le robinet d’arrêt du gaz était bien fermé. Ma sœur a facilement peur mais, ce n’est pas mon problème, c’est le sien.
 
ab
 
Joseph se souvenait de ce qui s’était passé une quinzaine de jours auparavant.
 
Il se souvenait comment il avait déposé Leila et les enfants au retour des courses et repartit aussitôt, ayant oublié d’acheter des cigarettes. Sortant du tabac, il vit un message lui indiquant qu’il avait trois messages sur son répondeur. Il écouta. Le premier était sa sœur qui hurlait tellement fort que la distorsion l’empêcha de comprendre quoi que ce soit. Le second était Rose qui, en pleur et complètement affolée le suppliait « Joseph… Joseph… reviens vite !... s’il te plait… reviens !... ». Le troisième, de Catherine à nouveau, était presque aussi incompréhensible que le premier. Joseph comprit néanmoins quelque chose comme « … peux pas gérer tout le monde… ». Il se précipita à la maison et trouva sa sœur, les bras croisés, appuyée sur le chambranle de la porte d’entrée. Il entrait à peine que sa sœur lui hurla que sa mère était malade et lui sauta dessus. Joseph esquiva le quintal lancé et, ce faisant, n’avait pas encore retiré sa jambe quand sa sœur se prit les pieds dedans. Tombée à terre, elle se mit à hurler comme un cochon que l’on égorge. Les pompiers arrivaient. Joseph se précipita au second pour voir dans quel état était sa mère, alors que sa sœur l’accusait d’avoir cassé ses lunettes. Le pompier lui répondit « mais… madame… elles sont sur votre nez… ».
 
La mère de Joseph était couchée sur le lit de Catherine. Elle respirait mais semblait dormir profondément. Joseph la remua doucement, lui arrachant un petit murmure. Catherine arriva furieuse « Sors d’ici !... ». Un pompier, sur ses talons, dit à Joseph « Sortez, cela vaut mieux ». Joseph, qui s’était déjà relevé répondit simplement « Pas de problème ! Je ne tiens pas à envenimer les choses… ». Il sortit et descendit au premier étage retrouver Leila. Il la vit l’œil tuméfié, les bras griffés.
 
-         Qu’est-ce qui t’es arrivée
-         Ta sœur m’a bousculée
 
Il n’eut pas le temps de continuer car un pompier descendait. Il l’appela :
 
-         Puisque vous êtes là, pourriez-vous examiner Leila
-         Nous avons été appelés pour votre mère, nous nous occupons d’elle uniquement.
 
Joseph fut surpris et quelque peu choqué de cette réponse, mais déjà sa mère descendait sur un brancard. Joseph les accompagna jusqu’en bas tout en téléphonant au docteur Arte, son médecin traitant pour lui demander de passer examiner Leila. Il enregistra sa demande sur le répondeur du docteur. Les pompiers installèrent sa mère dans l’ambulance. Joseph, appuyé sur le chambranle de la porte comme sa sœur l’était quelques temps auparavant observait la scène. Catherine discutait avec les pompiers devant l’ambulance. Joseph ne comprenait pas bien ce qui se passait jusqu’à ce que l’un des pompiers se dirige vers lui et lui demande :
 
-         Pouvez-vous venir avec nous ?
-         Oui, mais je croyais que ma sœur vous accompagnait
-         Elle n’est… pas en état.
-         Bon !... Je viens !
 
Joseph se tourna vers Leila et lui dit : « Catherine ne monte pas dans l’ambulance, c’est moi qui y vais. Enferme-toi bien avec les enfants, au cas où elle rentrerait avant moi. N’hésite pas à m’appeler en cas de problème. ». Il enfila sa veste et monta dans la camionnette. Elle s’était à peine ébranlée que l’un des pompier dit : « Elle va nous rentrer dedans ! ». Catherine suivait l’ambulance de si près qu’ils craignaient qu’elle ne la percutât.
 
Arrivés aux urgences, Joseph s’assit dans la salle d’attente. Catherine, toujours surexcitée courrait partout. Ayant attendu un moment que l’admission soit faite, Joseph entra. Il alla voir sa mère. Allongée, elle respirait assez fort. En fait, elle ronflait. Par le drap légèrement soulevé, Joseph remarqua quelques bleus sur ses jambes. Il jeta un coup d’œil à la feuille d’admission et y releva « contexte familial difficile »… C’était le moins que l’on puisse dire. Il attendit encore, car de nombreux examens devaient être pratiqués. Il observait sa sœur du coin de l’œil. Si vindicative jusque là, elle s’effondrait à présent comme un gros bébé pleurant la perte son doudou. Joseph la trouva pitoyable. Il alla lui chercher un café. Il n’avait pas assez d’argent liquide sur lui, alors il prit de l’eau dans les toilettes. Après un long moment, les médecins se montrèrent rassurants, disant qu’ils la gardaient pour finir les examens mais qu’elle n’était pas en danger. Il était tard et il fallait encore rentrer pour s’occuper de Leila et des enfants. Joseph prit congé et alla demander un taxi au poste de garde. Il régla sa course au moyen d’un chèque, sans être sûr que celui-ci serait approvisionné.
 
Sa mère et sa sœur ne rentrèrent que le lendemain. Joseph, de retour aux urgences, avait suivi les méandres des couloirs de l’hôpital et les avait croisées sans s’en apercevoir. Il arriva à la maison en même temps qu’elles et aida sa mère, très fatiguée, à monter au second, à se coucher. Sa sœur, plus calme que la veille, lui dit avoir passé la nuit à l’hôpital. Elle y avait dormi dans une chambre, sous sédatifs. Ensuite, Catherine montra les résultats des examens. Seul un taux trop élevé de Gamma-GT attira son attention. En effet, sa mère n’était pas censée boire d’alcool, bien que Joseph ait beaucoup de doutes à ce sujet, et ne prenait, paraît-il aucun traitement. Le reste était parfaitement normal. Il se félicita de voir que les examens avaient été assez complets pour le disculper des accusations de sa sœur. Personne n’avait tenté d’assassiner sa mère. Catherine lui annonça qu’elles allaient partir se reposer quelques jours. Au fond de lui-même, Joseph accueillit cette nouvelle avec bonheur, car ce ne pouvait qu’être reposant pour tout le monde. Elles ne partirent qu’une semaine plus tard. Visiblement, un changement d’adresse avait été effectué.
 
Plusieurs jours s’étaient écoulés lorsque Leila avoua à Joseph qu’elle n’avait pas été simplement bousculée. Certes, elle avait été tapée, mais Catherine avait ensuite poussé Leila dans les escaliers. Il demanda alors comment cela s’était passé. Entendant ma sœur vociférer au téléphone - elle refusait de donner les renseignements nécessaires aux médecins du samu, exigeant une intervention rapide – Leila monta pour proposer son aide. Incarnation du mal aux yeux de Catherine, Leila s’était alors faite agresser. Catherine était ensuite descendue et s’en était prise aux enfants, les faisant sortir de la cuisine où ils devaient manger, puis les poussant dans le réduit qui leur servait de chambre, avec ordre de ne pas sortir et de ne pas manger. Joseph était furieux. L’injustice envers les enfants ainsi que l’agression de Leila qui changeait de nature : ce n’était plus une rixe, mais une tentative de meurtre, rendirent Joseph furieux. Jusque là, il avait essayé de tempérer Leila, l’encourageant à déposer une main courante plutôt qu’une plainte. A présent, il n’avait plus la même vision des choses.
 
ab
 
Joseph reprit « Catherine m’accuse de beaucoup de choses… ». Il raconta cette pénible soirée, puis enchaîna «… et elle ne m’a pas accusé d’avoir empoisonné ma mère ? Heureusement que des examens ont été effectués à l’hôpital !... »
 
-         En tout cas, la situation devient plus que dangereuse. Disons qu’elle est dans le… orange-rouge.
 
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Présentation

  • : Joseph et Leila
  • joseph.et.leila
  • : Ce blog est, malheureusement une histoire vraie, celle de Joseph, qui se déroule en ce moment. Mélange de désespoir, de révolte contre l’injustice, contre le racisme, contre les administrations kafkaïennes et l’inefficacité des services sociaux… Bref ! Un appel au secours, peut-être, la preuve d’un mal-être, sûrement. Joseph n’a pas commencé sa vie aujourd’hui et des retours en arrière seront faits de temps à autre, afin de mieux cerner cette vie. Le temps manque, la fin étant incertaine, po

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