Comme demandé sur la convocation, Joseph se rendit au bureau de police. Le policier relut la plainte déposée contre Joseph puis commença à lui parler de façon agressive :
- Vous êtes chez votre sœur et elle veut que vous partiez. Alors il faut partir. Vous êtes
violent, vous proférez des menaces, vous cassez de la vaisselle.
- Pour aller où ?...
- Vous n’avez pas le droit de rester chez votre sœur.
- Mais… Vous êtes en train de me juger. Peut-être pourrais-je m’exprimer.
Faisant mine de se lever Joseph ajouta « Je croyais que c’était une audition. Si c’est ainsi, je ne vois pas ce que je fais ici. »
Le policier reprit, toujours sur un ton agressif
- Vous pouvez vous exprimer.
Le policier commença à lui poser des questions sur son état civil, sa profession, sa situation familiale et même sur son service militaire.
- Avez-vous demandé cinquante mille Euros à votre sœur Catherine ?
- Non. Je lui ai envoyé un message pour rencontrer ma famille dans un lieu neutre. Mon père n’est
pas venu. Ma mère n’entendait pas et le dit. Ma sœur a balayé sa remarque d’un grand geste de la main en lui disant « je te raconterai ». J’ai alors expliqué que, certes, je n’attendais
pas grand-chose d’une famille qui m’avait toujours pourri la vie mais que là, nous avions, ma sœur et moi, un intérêt commun : Elle voulait que je parte et je ne voulais pas rester. Je
demandais donc une aide de ma famille, afin de réaliser ce vœu en attendant que je trouve un travail. Si je ne partais pas, ce n’est pas que je ne voulais pas, mais que je ne pouvais pas. Puis je
faisais un état de ma situation financière et demandais un prêt de cinq mille Euros pour couvrir mes impayés immédiats.
- Votre mère vous a donné mille cinq cents Euros en juillet
- C’est exact. Elle m’a fait un virement en me disant de partir
- Avez-vous proféré des menaces de mort ? C’est ridicule. Nous nous disputons, c’est vrai.
L’ambiance est tendue, mais je n’ai pas proféré de menaces de mort. Quel serait mon intérêt de tuer ma famille, alors qu’ils représentent l’une de mes solutions pour sortir de cette situation.
Les seules solutions sont trouver du travail, ou, en attendant, obtenir une aide de ma famille ou rester chez ma sœur. Ceci dit, ma sœur ne m’aide pas non plus à m’en sortir, lorsqu’elle supprime
le téléphone ou retient mon costume enfermé dans une pièce dont elle seule a la clef.
- Votre sœur dit qu’elle a peur de vous.
- Ma sœur a toujours eu peur. Dès que quelque chose ne va pas, elle joue les chefs, puis panique.
- Elle vous accuse d’avoir cassé son appareil auditif qui lui a coûté huit mille Euros.
- C’est faux. Elle est tombée dans l’escalier, à ce que je sais. C’est vrai que cet escalier est
mortel. Tout le monde est tombé dedans.
- Elle dit que vous êtes violent
- Je me demande où se trouve la violence. C’est vrai que nous nous disputons, mais il faut que je
vous raconte quelque chose. Ma mère a eu un malaise en août. Ma sœur m’a d’ailleurs accusé de l’avoir empoisonnée. Heureusement que des examens ont été pratiqués pour prouver le contraire. Je les
ai vus et seul son taux de Gamma-GT était important.
- Cela n’a pas de rapport. La plainte est entre vous et votre sœur.
Joseph raconta rapidement, néanmoins, ce qui s’était passé lors du malaise de sa mère, et reprit « …à cette occasion, je suis resté très calme, comme les pompiers pourraient vous le
confirmer, alors que ma soeur était complètement hystérique. Et que penser de ma sœur poussant Leila dans les escaliers ? »
- C’est un problème entre votre sœur et Leila. D’ailleurs vous n’avez pas de certificat.
- Pourquoi dites-vous cela ? Non seulement il y a un certificat établi par un médecin des
urgences, appelé le lendemain, le docteur Arte ne répondant pas le week-end. Il y a également les photos que j’ai prises à ce moment qui montrent, bien mieux que le certificat, la violence de
l’agression. On nettement les traces de doigts sur le cou de Leila, ce qui exclut totalement la thèse de l’accident.
- De toute façon, vous êtes chez votre sœur et vous devez partir.
- Sans travail, sans argent et sans logement ? Pour me retrouver à la rue avec deux
enfants ? Cela fait onze mois que nous demandons un logement social et que nous n’obtenons que des refus.
- Il y a des foyers…
L’audition se poursuivit toute la matinée, Joseph se sentit traité comme un criminel. Accusé de choses qu’il n’avait pas faites, sans solutions, comme pris dans un piège. L’audition se termina
par :
- Bien sûr, vous restez à notre disposition
- Il n’y a pas de problème. Laissez-moi seulement vous dire une chose : Contrairement à ma
sœur, je peux prouver tout ce que j’avance.
Joseph retourna à la maison, alla chercher Titi à l’école, puis l’y reconduisit. En route pour la poste où il devait poster quelques réponses pour des emplois, il reçut un coup de fil du bureau
de police.
- Il faut que vous passiez avec les papier justifiant de votre recherche de logement
- Quand ?
- Tour de suite
- Mais… je n’ai pas trop de temps
- Vous vous êtes engagé à rester à notre disposition
- Oui, mais il faudrait au moins me laisser un peu de temps. Je fais mon possible pour passer le
plus vite possible, mais, tout de suite, ce n’est pas possible.
Joseph laissa tomber la poste et rentra. Il chercha fébrilement quelques justificatifs demandés. Il prit également les certificats médicaux de Leila et les photos. Il manquait l’attestation de sa
sœur autorisant Leila à résider tant qu’elle n’avait pas trouvé de logement. Leila lui dit « Dans le dossier d’inscription de Rose, nous en avons fourni une ».
Joseph se rendit au collège de Rose, au secrétariat. Il attendit, mais personne ne vint, jusqu’à ce que le principal entre :
- Vous désirez quelque chose ?
- Effectivement, un service. Nous avons remis une attestation de domicile lors de l’inscription de
Rose. J’en aurais un besoin urgent mais ma sœur est absente et ne peut en établir une actuellement. Serait-il possible d’en avoir une copie ?
- Il n’y a personne au secrétariat cet après-midi, mais je devrais bien arriver à mettre la main
sur le dossier.
Le principal chercha et en tira l’attestation espérée. Il en fit une copie puis, tendant l’original à Joseph dit « Je vous laisse l’original, la copie me suffit »
Joseph le remercia puis se précipita au bureau de police.
Le policier le reçut de façon plus courtoise l’après-midi. Joseph étala sur le bureau les documents.
- Vous avez effectivement cherché un logement
- Oui, d’ailleurs, les différentes correspondances montrent que nous ne sommes pas restés
inactifs, que nous avons eu des rendez-vous, tant avec les organismes logeurs qu’avec les élus, pour essayer de trouver un logement. J’ai d’ailleurs encore un rendez-vous avec un conseiller
municipal la semaine prochaine.
- Je vais faire des photocopies.
- Vous ne prenez pas le certificat médical ?
- Ce n’est pas l’affaire qui vous oppose à votre sœur.
Revenant un peu plus tard :
- Ce qu’il vous faudrait, en fait, c’est une bonne médiation
- Alors là, je vous suis. C’est ce que je demande depuis un moment sans arriver à l’obtenir.
- Je vais transmettre au procureur. Veuillez m’attendre dans la pièce à côté.
Joseph s’installa sur un des fauteuils en plastique situés dans l’entrée du bureau de police. Le temps passait et l’heure de la sortie de Titi approchait. Il devait être sorti à présent. La porte
du bureau s’ouvrit. Joseph, inquiet dit :
- Excusez-moi, mais il faut que je fasse vite car je dois aller chercher le petit à l’école
- Le procureur veut vous parler, il est au téléphone.
Joseph saisit le combiné
- C’est ubuesque !... Votre sœur est chez elle et elle n’ose pas rentrer !...
- Mais… je ne l’ai pas mise à la porte et les accusations sont fausses. C’est une manœuvre pour
que je m’en aille
- Alors partez !... Vous n’êtes pas chez vous
- Pour aller où ? avec quoi ?
- C’est votre problème ! Je vous donne jusqu’à la fin de la semaine pour partir ou je vous
envoie en correctionnelle !...
Une fois raccroché, le policier dit encore une fois à Joseph « il y a les foyers ».
Joseph reprit sa voiture et alla chercher Titi. Rose, qui était sortie plus tôt, les rejoint à la sortie de l’école. De retour à la maison, Joseph avait envie de pleurer. Comment annoncer à Leila
que dans trois jours ils étaient à la rue ? Prétextant qu’il devait retourner au bureau de police pour récupérer les originaux des papiers qu’il y avait laissé, Joseph reparti tout de suite
et, cette fois, se mit à pleurer de désespoir dans la voiture. Il passa au bureau de police pour les papiers, puis rentra et annonça la nouvelle à Leila, sans que les enfants l’entendent…