Métiers

Lundi 7 juillet 2008 1 07 /07 /2008 13:05

Quelques jours auparavant, une bénévole de la banque alimentaire où se retrouvaient Jules et Joseph proposa à ce dernier de remplacer Jules qui voulait prendre un peu de vacances. Joseph accepta.

 

Ce matin là, Joseph avait rendez-vous avec Jules qui devait lui montrer le travail. A 9 heures, ils se retrouvèrent sur le parc de stationnement jouxtant la demeure de Carla. Joseph devait travailler le lundi, le mercredi et le vendredi. Jules le conduisit au seul local disposant d'un point d'eau, lui montra la préparation du produit et l'emmena vers le premier bâtiment à nettoyer, le numéro 2 de la rue.

 

Il fallait laisser le chariot avec les produits au niveau du numéro 6, car les marches ne permettaient d'accéder ni au numéro 2, ni au numéro 4.

 

Le travail était simple : balayer, laver, nettoyer les carreaux, les dessus de boîtes aux lettres, les descentes de caves et retirer les toiles d'araignées. Le seul problème résidait dans le nombre de "blocs" à nettoyer dans le temps imparti : 6 heures. Le temps passé en plus n'étant pas rémunéré, bien sûr.

 

La plupart des bâtiments ressemblaient plus à des porcheries qu'à des habitations : canettes de sodas et de bière, emballages divers de boissons, bouteilles de scotch, chewing-gums, biscuits écrasés, frites, prospectus divers, pétards éclatés, excréments d'animaux (c'est ce que Joseph préféra penser), et crachats y jonchaient le sol. Le plus souvent, à côté des portes palières, des sacs poubelles laissaient échapper des liquides d'aspect douteux. On pouvait reconnaître les locataires qui avaient descendu leurs poubelles jusqu'aux containers aux pistes gluantes qui retenaient la saleté dans les escaliers. A cela on pouvait ajouter les traces de pneus de tous types, du vélo aux scooters, et les inévitables taches d'huile. Le pire était le lundi, après le week-end.

 

Le premier jour, Joseph mit 8 heures à faire ce travail, bâclant quelque peu les deux derniers des onze "blocs", sans laver les carreaux ni faire les toiles d'araignées. Ce travail était fatiguant, surtout parce qu'il fallait traîner le précieux liquide à travers tous les étages.

 

Il calcula que si l'on retirait le temps nécessaire aux allées et venues indispensables pour faire le plein de liquide de lavage, il restait à peine une demi-heure par "bloc", alors qu'il fallait compter un quart d'heure, rien que pour passer le balai. Il dût faire des choix. Se disant qu'il était anormal que les plus propres payent des charges pour les plus sales, il décida de s'en tenir à une demi-heure quoi qu'il arrive. Moins le bâtiment était sale et mieux il était nettoyé, car le temps imparti était respecté.

 

Lorsque des locataires se plaignaient du mauvais travail de Jules. Joseph leur expliquait qu'il ne ferait sans doute pas mieux, étant donné les conditions de travail : temps imparti, absence de points d'eau. Il fit néanmoins son maximum, allant au plus sale, s'il ne pouvait tout faire.

 

Par Joseph - Publié dans : Métiers - Communauté : Racontez-le moi !
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Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /2008 18:50

Ce matin, son réveil sonna à une heure. Il devait se rendre au dépôt pour deux heures, après avoir pris Rosanna, une petite fille de Carla qui devait l'aider à insérer le magazine dans la revue TV, puis, pendant la tournée, à insérer tout cela dans le journal. Il lui envoya un sms pour savoir si elle était réveillée. Faute de réponse, un quart d'heure plus tard, il l'appela.

 

Arrivé devant chez elle Rosanna lui demanda : "Est-ce que Isa peut venir avec nous, elle voudrait voir comment çà se passe ?" Joseph n'y vit aucun inconvénient, car après tout, plus il y a de bras...

 

Ils se rendirent au dépôt. Joseph chargea magazines et programmes TV. Ils s'installèrent dans la voiture et commencèrent à empiler le résultat de leur travail sur la banquette arrière de la Volvo. Puis, ce fut l'attente, car les journaux n'étaient pas encore arrivés. A trois heures, un camion commença à déverser ses palettes de papier noirci. Joseph chargea deux paquets dans la voiture puis prit le chemin du parc millésime où devait commencer la tournée. Ils étaient presque arrivés lorsque Rosanna reçut un appel de Marie : Ce jour là, il y avait une troisième petite liasse de journaux qui avait été oubliée. Joseph demanda combien elle contenait de journaux. Une quinzaine. C'était trop pour espérer que cela représente les invendus. Il fit donc demi-tour pour aller la chercher. La tournée commença avec une demi heure de retard.

 

Dans l'obscurité, il commença à chercher les boîtes aux lettres où devaient être insérés journaux et revues. Certaines boîtes prenaient beaucoup plus de temps que d'autres, car elles étaient petites et c'était un tour de force d'y faire entrer la liasse. Il y en eut même une où Joseph n'arriva qu'à faire tenir un coin de celle-ci, la liasse pendant lamentablement à l'extérieur. Rosanna, qui connaissait un peu la tournée aidait Joseph à identifier certaines boîtes dépourvues de nom et de numéro. Isa, assise à l'avant lisait la feuille de route avec les noms de rues, souvent absents dans la réalité. Lorsque Joseph trouvait la rue, il avait toutes les peines du monde à faire dire à Isa les numéros dans la rue ou à obtenir la liasse de journaux qu'il devait déposer, car elle était plus préoccupée par le paquet de cigarettes qu'elle avait oublié que par la tournée. Joseph commençait à regretter de l'avoir emmenée.

 

C'est quelque peu énervé qu'il pénétra dans une ruelle au fond d'une place, là où il avait quatre dépôts à faire. Il recula ensuite pour faire demi-tour et la voiture fut stoppée dans un fracas de tôle froissée et de verre cassé. Joseph venait de percuter une voiture en stationnement. Il ne l'avait pas vue. De fait, les feux de recul peu puissants, la nuit noire et la couleur sombre de la voiture garée n'avaient pas aidé, mais surtout, Joseph pesta contre le rideau noir, déroulé devant la custode teintée, destiné à protéger les passagers arrière du soleil. Joseph avait déjà voulu le replier sans succès, le ressort de rappel de l'enrouleur étant cassé. Joseph descendit regarder les dégâts. Dans le noir, ils n'avaient pas l'air très important. Il n'avait pas le temps de s'arrêter plus longtemps et n'avait pas de stylo sur lui. Il remonta en voiture et continua sa tournée. Le jour commençait à se lever quand il vit mieux les détériorations : pare-choc arrière enfoncé de quelques centimètres, aile froissée, feux arrière cassé.

 

Il termina sa tournée vers sept heures moins le quart, déposa Rosanna et Isa, puis rentra. Il ne pouvait pas dire que sa première tournée sans Marie était un succès...

 

Par Joseph - Publié dans : Métiers - Communauté : Racontez-le moi !
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Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /2008 18:57

Cela faisait quelques jours à présent que Joseph se levait très tôt le matin. Marie, une amie de Rosanna, lui avait demandé s'il pouvait la remplacer dans sa tournée. En effet, elle avait multiplié ses tournées au point qu'elle ne pouvait plus assurer. Sa première tournée commençait à une heure du matin ce qui ne lui permettait pas d'arriver à temps pour la suivante qui commençait entre 3h30 et 4h30.

 

Dès son lever, Joseph se rendait au dépôt, prenait les journaux et se rendait du côté de Tinqueux. Là, il commençait la tournée, seul, avant d'être rejoint par Marie. La tournée continuait à deux, Marie prenant les boîtes aux lettres côté conducteur, Joseph celles côté passager. Vers 7h30, tout était fini.

 

Ce rythme convenait à Joseph, car cela n'hypothéquait pas sa journée. Certes, il avait besoin de dormir une petite heure en fin de matinée et de se coucher tôt, le privant des programmes du soir, mais ce n'était pas une grande perte, somme toutes. Seuls Leila et les enfants appréciaient peu ce rythme.

Par Joseph - Publié dans : Métiers - Communauté : Racontez-le moi !
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  • : Joseph et Leila
  • joseph.et.leila
  • : Ce blog est, malheureusement une histoire vraie, celle de Joseph, qui se déroule en ce moment. Mélange de désespoir, de révolte contre l’injustice, contre le racisme, contre les administrations kafkaïennes et l’inefficacité des services sociaux… Bref ! Un appel au secours, peut-être, la preuve d’un mal-être, sûrement. Joseph n’a pas commencé sa vie aujourd’hui et des retours en arrière seront faits de temps à autre, afin de mieux cerner cette vie. Le temps manque, la fin étant incertaine, po

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