Ce matin, Joseph s'employa à faire parvenir une copie de la lettre de la veille à différentes personnes susceptibles de l'aider, ou simplement pour les tenir au courant, par simple politesse.
A chacun, il joignit une copie de la lettre de la veille :
cd
Joseph...
Le 14 décembre 2007
...
51100 REIMS
Dossier n° ...
Monsieur le Directeur de (Organisme logeur)
51100 REIMS
Objet : Bienvenue sur la planète REIMS
Monsieur le Directeur,
Je me présente : Joseph... Depuis fin 2006, j'ai soutenu Madame M. qui, après avoir subi plusieurs agressions dans le Loiret, était à nouveau l'objet de menaces. Madame M. et ses deux enfants de
4 et 11 ans sont venus chercher asile à REIMS. Hébergée de façon tout à fait provisoire chez ma soeur, en attendant de trouver un logement, la situation s'est dégradée avec le temps, car il est
vrai que le "provisoire qui dure trop longtemps" est une situation difficile à gérer pour tout le monde. Néanmoins, j'ai toujours soutenu Madame M. auprès de ma propre famille. La conséquence,
regrettable mais compréhensible est que ma soeur a fini par se retourner contre moi-même afin de me faire expulser. A présent, je fais cause commune avec Madame M., puisque moi-même vais me
retrouver à la rue, faute de logement sur Reims.
Un dossier de demande de logement a été déposé au Coral en décembre 2006. A ce jour, ainsi que les autres organismes logeurs, vous avez rejeté la demande.
Les réponses officielles...
Les réponses sont des réponses "type" du genre "il n'y a pas de logement qui corresponde à la demande". Là, si je peux me permettre, pour en avoir discuté avec pas mal de personnes, j'ai,
entre autres réussi à rencontrer :
- Un homme seul qui venait de rendre son F4 tout neuf, F4 obtenu car il avait déclaré devoir recevoir ses enfants. Il l'a rendu pour occuper le F3 d'un ami parti un
an ailleurs. Cette personne n'avait pas de revenus.
- Une femme qui a obtenu son logement en quinze jours
- Une gitane qui, cherchant une maison, à cause du nombre de personnes vivant sous son toit me dit :"là où j'habite, il y a un F4 vide depuis un an, un autre depuis
six mois et un F3 qui se libère à la fin du mois"
Il n'y a pas ? Etonnant !... Vraiment étonnant !...
... et les autres
Plusieurs causes "officieuses" ont été avancées :
- Madame M. a déjà un logement dans le Loiret, généralement suivi d'un "pourquoi ne
retourne-t-elle pas là bas ?"
- Madame M. n'est pas de REIMS
Logement dans le Loiret
Un logement...
Là, je vous avoue que je me sens ridicule, à 54 ans, de n'avoir pas compris que c'était un obstacle. Sur la planète d'où je viens, c'est différent : lorsque l'on change de région, on trouve un
logement là où l'on doit se rendre, on essaie de faire coïncider, à peu de chose près la fin de l'ancien bail avec le début du nouveau, puis on déménage du point "A" au point "B", comme çà,
bêtement.
Sur la planète REIMS, c'est différent parait-il. Pour obtenir un logement, il semblerait qu'il ne faille pas en avoir au moment de la demande. Etant donné le nombre de dossiers en attente à
REIMS, je m'étonne de ne pas voir plus de familles errer dans les rues, la nuit venue. Mais peut-être la planète REIMS a-t-elle une zone de stockage des familles sans toit ? Seriez-vous
assez aimable de nous indiquer où elle se trouve. Pour ma part, pour répondre à la demande de Monsieur le Procureur, sur les conseils de la police et de la Croix-Rouge, j'ai essayé le
115 à plusieurs reprises, c'était complet. Notre assistante sociale à Croix Rouge a fait la même remarque à Madame M., concernant les foyers susceptibles de l'accueillir, ainsi que ses enfants.
J'en déduis qu'ici, pour obtenir un logement, c'est à dire une destination, il faut commencer par se débarrasser de son toit, jeter les lits des enfants et l'électroménager à la poubelle, pour se
précipiter dans la rue et attendre. Là... Tout va bien (?)... On remplit les conditions. Lorsque le toit tant attendu est enfin octroyé et que l'on entre dans les lieus, à moins que l'on soit
très riche (les logements sociaux sont-ils destinés aux riches sur la planète REIMS ?), quelques longues années devraient suffire pour s'équiper à nouveau.
... dans le Loiret
Effectivement ! Le Loiret, ce pays lointain, certainement une autre planète car l'Assistante Sociale y tient un discours différent de celui que l'on tient ici. Cette personne dit qu'il ne faut
pas résilier le bail afin de pouvoir effectuer un transfert FSL. Elle dit en outre que pour effectuer ce transfert de CAF à CAF, il est indispensable de connaître les caractéristiques du logement
de "destination" (C'est la même logique que sur la planète d'où je viens). Ce qui est bizarre, c'est que les organismes logeurs de la planète REIMS ne contredisent nullement cela, allant même
jusqu'à s'assurer périodiquement que la situation est stable... "Etes-vous bien à jour de vos loyers ?". Jamais il n'est apparu que cela pourrait constituer un problème. Je ne comprends
pas la logique qui consiste à s'assurer que le demandeur est (et reste) à jour pour une chose qui débouchera sur un refus. Je suis confus d'être si bête. Ce n'est sûrement pas de
l'hypocrisie, c'est autre chose, seulement... cela m'échappe. Aidez-moi à comprendre, s'il vous plait.
Madame M. n'est pas de REIMS
Ah !???... Bon ! Que signifie "être de REIMS" ?
Habiter REIMS ? Mais, je ne comprends plus, si on "habite", on a "déjà" un logement et, dès lors, nous retombons dans le cas précédent. Cela ne doit pas être cela. De toute façon, si telle était
l'interprétation à donner, Madame M. attend un logement depuis un an déjà et est "hébergée" temporairement à REIMS. Quant à moi, cela fait pas mal d'années que j'émarge sur les listes électorales
de REIMS.
Veut-on dire par là que si, au moment de la demande on dépend d'une autre CAF que celle de la Marne, on ne peut pas prétendre à un logement sur REIMS ? Mais, si tout le monde procédait ainsi, on
serait affilié "à vie" à une CAF. En effet, quelle est la raison principale qui fait que l'on change-t-on de CAF, si ce n'est un déménagement ? N'y aurait-il pas là un cercle vicieux ? Cela ne
peut pas être la bonne réponse.
Etre né(e) à REIMS ? Dans ce cas, je crois que pas mal de logements vont pouvoir se libérer. Les services de l'Etat risquent d'ailleurs d'avoir quelques difficultés avec leur personnel. Non !
Cela ne doit pas être çà.
Quoi qu'il en soit, cela ne peut être la cause du rejet car comment concilier alors une discrimination basée sur la "provenance" et les lois européennes sur la liberté d'installation dans
n'importe quel pays d'Europe ? Là encore, je ne comprends pas, ne trouve pas de réponse. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point ?
Finalement, mais juste pour dire...
Si je résume la situation : Madame M., agressée, menacée, cherche asile à REIMS. Je passe sur les réponses officielles superficielles. La seule tentative d'explication, officieuse, est que
Madame M. n'est pas d'ici, qu'elle a un logement dans le Loiret et que, lorsqu'elle sera expulsée, elle pourra y retourner.
Pour ne pas mettre à la rue Titi, 4 ans, et Rose, 11 ans, nous serons contraints de retourner dans le Loiret. Là bas, Madame M. retrouvera l'appartement qu'elle a si bien décoré (je n'ai jamais
vu un appartement décoré avec autant de goût). Là bas, les enfants seront à nouveau déracinés, en pleine année. Là bas, Madame M. sera la cible facile, attendue par ceux qui la menacent (les
copies des plaintes ont été fournies dès fin 2006 au Coral).
Les organismes logeurs sont souverains sur la planète REIMS. Nous avons essayé de trouver des appuis, tant auprès de Monsieur FALALA que de Madame ROGER et encore d'autres personnes, d'autres
organismes, ou services sociaux, mais rien n'y fait. Les organismes logeurs sont souverains, disais-je, ce qui signifie qu'agissant en connaissance de cause, ils sont
pleinement responsables des conséquences de leurs choix, eux et eux seuls. Si les considérations conduisant à un rejet m'échappent totalement, la décision en elle-même, prise en
connaissance de cause, n'est rien d'autre qu'une mise en danger de la vie d'autrui. Peut-être n'étiez-vous pas au courant, à présent vous l'êtes.
Je suis certain qu'après ces précisions, qui ne sont peut-être pas évidentes au travers d'un dossier, et que, présenté sous cette forme, vous appréhenderez mieux la gravité de la situation. Je
suis certain également que vous comprendrez qu'il est particulièrement urgent de trouver une solution et que vous ferez tout ce qui est en votre pouvoir (qui est grand, à l'évidence) pour
régler cette situation qui n'a que trop duré, quitte à passer outre certaines formalités administratives pouvant bien sûr être résolues par la suite.
Veuillez croire, Monsieur le Directeur, en l'expression de mes sentiments les meilleurs.
|
Destinataires pour action :
|
Copies à :
|
|
· Coral-Pact
· L'Effort Rémois
· Foyer Rémois
· Reims Habitat
|
· Journal l'Union
· Radio Primitive 92.4
· Résistances 2007
· ARETAF
· Association Le Mars
· Collectif contre les exclusions
· Collectif Interculturel d'Associations de Migrants
· Madame B.
· Madame B.
· Madame C.
· Monsieur D.
· Monsieur F.
· Madame M.
· Madame R.
· Madame R.
· Maître S.
· Monsieur S.
|
ba
Au moment de partir, Leila lui demanda, puisqu'il passait à la poste, d'aller retirer un mandat que sa soeur lui avait envoyé afin qu'elle puisse acheter des cadeaux pour les enfants. Joseph
remplit la procuration et passa trois quarts d'heure à faire la queue, tant il y avait de monde. Il posta également un certain nombre de lettres, notamment à destination du Conseil Général et de
la Préfecture qui se trouvent à Châlons en Champagne. Afin d'économiser quelques timbres, il déposa directement des copies à la mairie et dans différentes associations. Il rencontra les membres
du Collectif contre les exclusions qui tenaient une permanence ce samedi matin. Cela lui permit d'avoir des nouvelles du dernier organisme qui n'avait pas encore répondu. Celui-ci ne se donnera
même pas la peine d'étudier le dossier car Leila a un logement dans le Loiret. "Elle n'a qu'à retourner là-bas. Si elle a des raisons de quitter le Loiret, elle n'en a aucune de venir à Reims".
Joseph avait vraiment l'impression de s'adresser à un mur. Et encore... un mur, cela aurait été un début, pour un logement... Pire !... Les membres du Collectif décidèrent de revenir à la charge
lundi.